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Marchés d’organes : la reprise constante des arguments de Gary Becker par Jean Tirole

Jean Tirole, Prix 2014 de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel

Depuis quelques jours, le web s’est quelque peu enflammé à la découverte des déclarations de Jean Tirole concernant les marchés d’organes. Je vais répondre ici à plusieurs affirmations selon lesquelles il ne ferait que mettre en balance plusieurs arguments, en faveur ou contre la marchandisation des organes. Ne voulant pas prendre parti, relatant les hypothèses existant sur le sujet. Mais c’est faux. En effet, lorsqu’il s’exprime sur le sujet, il cite systématiquement la position de Gary Becker. Or, cet autre prix Nobel, issu de la très libérale l’école de Chicago, s’est montré largement favorable à la création de marchés régulés des organes.

Gary Becker, Prix 1992 de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel

Il a notamment co-signé cet article de recherche : « Introducing incentives in the market for Live and Cadaveric Organ donations », ce qui donne le ton…

C’est évidemment l’occasion de souligner ici que je n’ai jamais dit que Tirole était favorable au trafic d’organes ! Mais il prend fait et cause pour le marché face au don. Pour le montrer, je rappelle et cite quatre de ses interventions sur le sujet.

En premier lieu, la vidéo de son intervention à l’Institut de France le 11 janvier 2016. Je reproduis ci-dessous in extenso le passage consacré à la question des marchés d’organes.

« J’en viens à mon deuxième sujet : le domaine du marchand, du non-marchand et du sacré. Nous avons tous des réticences morales ou éthiques à l’existence de certains marchés ou certaines formes d’incitations. Nous pouvons citer le don d’organes, les mères porteuses, la prostitution, ou les paiements pour échapper à la conscription. Pourquoi en est-il ainsi ? Une analyse du pourquoi de tels tabous, qu’ils soient justifiés ou non, me semble plus fructueuse pour la conception de politiques publiques qu’une simple indignation. Je voudrais illustrer ce propos à l’aide d’un débat suscitant beaucoup de passions de part et d’autres : le don d’organes. Gary Becker, professeur à l’université de Chicago, et célèbre partisan de l’étude des comportements sociaux, famille, drogue, etc. à travers le prisme de l’économie, remarquait que l’interdiction de vendre son rein, par exemple, limitait les donations, essentiellement réservées aujourd’hui à la famille et aux très proches condamnant chaque année des milliers de personnes rien qu’aux Etats-Unis à mourir faute de donneurs. Gary Becker en concluait que les détracteurs des marchés d’organes ne devaient donc pas se targuer de moralité puisqu’ils faisaient mourir des milliers de personnes tous les ans. Malgré le bien fondé de cet argument, nous éprouvons tous une gêne, vis à vis des marchés de dons d’organes. Mais au vu des enjeux considérables, il conviendrait de comprendre pourquoi. Est-ce parce que nous craignons que les donneurs ne soient pas suffisamment informés des conséquences de leur acte ? Dans ce cas il existe un remède simple : il suffit de demander au donneur d’écouter une information impartiale et d’y réfléchir. Ou bien est-ce parce que la vente d’organes, en dévoilant que des individus sont prêts à vendre leur rein pour quelques centaines d’euros, nous révélerait des inégalités que nous voudrions bien oublier ? Ou encore parce que l’on veut protéger les gens contre leur préférence trop forte pour le présent : la préférence pour une somme disponible immédiatement contre des conséquences néfastes à long terme ? Je vous rappelle que la puissance publique intervient souvent avec un côté paternaliste contre la préférence pour le présent des individus. On les force à épargner plus pour leur retraite. On taxe l’alcool ou la drogue (sic!! il a dû confondre le tabac et la drogue, mais ceci étant il n’a pas si tort…). On les force à aller à l’école, etc. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles nous avons une politique paternaliste justement contre la préférence trop forte pour le présent des individus.

Je n’ai pas de réponses pour la question du don d’organes. Mais je dis simplement Gary Becker indiquait quelque chose, là. Il disait : attention, on ne peut pas se targuer de moralité quand on est contre les dons d’organes (sic à nouveau : il voulait bien sûr dire les marchés d’organes), cela ne veut pas dire qu’on est très moral quand on recommande les ventes d’organes. Mais il faut bien réfléchir à ces questions, et cela va être un leitmotiv de mon exposé. »

Il est clair ici que sa conclusion se veut tempérée, mais au final on peut constater que sur le thème « pour ou contre les marchés d’organes », il ne cite qu’un seul argument face à ce qu’il considère comme des réactions émotionnelles des gens : celui de Gary Becker, qui est « pro » marché ! A t-il cité, pour le mettre en balance, celui du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (cf notamment ce texte) ? A t-il relaté les débats qui ont précédé les lois établissant l’interdiction de la vente d’organes à travers le monde ?

Autre exemple. Il y a un an, l’économiste toulousain a signé une tribune dans Les Echos, « L’éthique face au marché », dans laquelle il ne reprend à nouveau que la position de Gary Becker. Ce texte est d’ailleurs très proche de celui qui a été prononcé à l’Institut de France. 

« Une analyse en profondeur des défaillances du marché semble plus fructueuse pour la conception des politiques publiques qu’une simple indignation. Prenons l’exemple du don d’organes. Il y a longtemps, l’économiste Gary Becker remarquait que l’interdiction de vendre son rein limitait les dons, condamnant des milliers de personnes à mourir chaque année faute de donneurs, et que les détracteurs des marchés d’organes ne devraient donc pas se targuer de moralité. Nous éprouvons cependant tous une gêne vis-à-vis de ce marché. Il conviendrait de comprendre pourquoi. »

Voyons maintenant  l’interview qu’il a donnée au magazine Sciences Humaines Magazine le 14 octobre 2013 (en voici le lien).

[…] On vous doit aussi depuis une dizaine d’années des travaux à la lisière de l’économie et d’autres sciences humaines. Vous vous intéressez particulièrement à la psychologie économique, champ de recherche qui met en question les postulats de l’Homo œconomicus…

Jean Tirole : La théorie économique considère généralement que les gens sont rationnels, qu’ils maximisent leur utilité, alors qu’en pratique ils ne le font pas toujours. Elle suppose par ailleurs que l’information est toujours utile, alors qu’en pratique, les gens peuvent refuser d’acquérir de l’information, avoir des croyances tout à fait sélectives, s’enferrer à conserver des croyances erronées sur eux-mêmes ou sur la société.
Il existe par exemple de véritables tabous dans la vie économique. Faut-il créer un marché pour les organes humains ? Certains, comme l’économiste Gary Becker, le pensent. N’est-il pas absurde, avance-t-il, que des gens meurent en raison d’une pénurie d’organes ? Ne sauverait-on de nombreuses vies en acceptant que les organes soient rémunérés ? Pourtant, à défendre de telles propositions, les économistes sont souvent considérés comme des gens immoraux. Cela dit, les tabous sont utiles, dans la mesure où ils signalent toujours des problèmes sensibles. Mais ils ont aussi un coût important. Certaines réformes économiques favoriseraient le bien-être général, mais se heurtent à des blocages psychologiques. […]

Quatrième exemple : son intervention il y a quatre ans dans le cadre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. C’est d’ailleurs à l’occasion du débat qui a suivi le prononcé de son discours, qu’ il a envisagé qu’il faudrait offrir « une forte somme d’argent à des gens du Tiers-Monde » pour qu’ils fournissent leurs organes… ce qui me laisse toujours aussi pantois !  Gary Becker, Prix de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel en 1992

Je cite là aussi le passage en question, à la fin de ce document, suite à la dernière question posée par André Vacheron. L’occasion de redire aussi que Jean Tirole n’approuve pas le marché clandestin d’organes, comme il le dit ci-dessous. Mais c’est bien la moindre des choses… Voici le texte :

André Vacheron

[…] J’aimerais également évoquer le don d’organes, gratuit dans notre pays comme dans la plupart des pays occidentaux. Il existe toutefois un commerce d’achat d’organes dans certains pays d’Europe de l’Est et d’Asie. Que pense l’économiste de la rémunération du don d’organes ?

Jean Tirole :

[…] En ce qui concerne le don d’organes, la thèse de Gary Becker, économiste à Chicago, est que l’on n’a pas assez de dons et qu’il faudrait payer pour avoir une offre d’organes suffisante. Bien entendu, on désapprouve le commerce clandestin qui peut avoir des conséquences économiques ou sociales très néfastes. Dans l’hypothèse d’école où l’on pourrait instituer un commerce bien contrôlé des organes en offrant une somme d’argent importante à des gens du tiers-monde, il est certain que des réticences se manifesteraient toujours, alors qu’il s’agirait somme toute d’un accord commercial passé à la satisfaction des deux parties. Il convient de se demander quelle serait la ou les causes de ces réticences. À mes yeux, il y a d’abord le court – termisme des individus qui fait que l’on aurait trop peur qu’un donneur ayant vendu dans l’urgence un de ses organes, vienne à le regretter sur le long – terme ; mais il y a aussi le fait que l’on n’accepte pas de voir la misère et que l’idée est dérangeante que des gens soient contraints par la misère à vendre une partie de leur corps. »

Il me semble donc bien difficile, à la lumière des exemples pré-cités, de prétendre que Jean Tirole ne s’inscrit pas dans la filiation intellectuelle à Gary Becker sur le thème des marchés d’organes…

Frédéric Dessort

Crédits :

Photo Jean Tirole : Auteur : Ecole Polytechnique Source : Wikimedia commons

Photo Gary Becker : Auteur : Mike80 Source : Wikimedia Commons

 

Tirole : thuriféraire du marché

Edit du 1er février. Je découvre ce matin que le discours de Jean Tirole a été filmé. Malheureusement, la retranscription de ses propos est loin d’être fidèle dans le document texte dont j’ai donné le lien ci-dessous et qui m’a servi de base à mon article. Le film donne quelque nuance au Nobel toulousain et atténue – un peu – certaines critiques que j’ai pu formuler ci-dessous. Par exemple : lorsqu’il dit qu’une « une étude récente a montré que le partage des responsabilités érode les valeurs morales : l’existence d’excuses (‘‘on m’a demandé de le faire’’, ‘‘tout le monde le fait’’, etc.) a permis la mise au rencard des réticences individuelles peu éthiques. », il ajoute aussi « nous le savons tous », mais cela ne figure pas dans le texte que l’on peut trouver en ligne (dont revoici le lien). Certes, citer cette étude me semble un peu ridicule pour appuyer ce que nous savons tous (enfin, ce qui semble assez commun), mais il ne découvre pas ce fait, comme j’ai pu le laisser entendre, puisque je me basais sur ce texte. Un autre exemple : à propos du marché des organes humains, certes, il cite l’argument de Gary Becker – et ce n’est pas la première fois – selon lequel « les détracteurs des marchés d’organes ne peuvent se targuer de moralité », mais il ajoute aussi qu’entre vendre ou donner des organes, il ne donne pas de réponse. Bien sûr, on ne peut qu’être dubitatif – c’est un euphémisme – sur cette manière orientée de présenter les choses car en l’occurrence, il ne cite pas les arguments des adversaires de la marchandisation des organes, mais les attaque en fustigeant leur indignation, « pauvre guide de la moralité ». Il aurait pu également rappeler que la loi l’interdit ou que le comité national d’éthique rappelle dans ce texte que le corps humain ne saurait faire l’objet d’une « patrimonialisation ».
In fine, tout de même, il reste néanmoins clair que ce discours est un plaidoyer pour le marché. Voici la vidéo :

Tirole récidive, enfonce le clou. A l’occasion d’un exposé donné dans le cadre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, le 11 janvier, sous les ors de l’Institut de France, le Nobel toulousain s’est livré à un long plaidoyer pour le marché. Voir ici le lien vers le texte. Jean Tirole répond ici nommément à Michael Sandel, professeur de philosophie à Harvard (cf page Wikipedia), dont la notoriété mondiale de l’ouvrage « Ce que l’argent ne saurait acheter » l’a sans doute révulsé.

tiroleInstitut

Jean Tirole, le 11 janvier 2016, à l’Institut de France. Dans le cadre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques

L’enjeu de cette intervention est d’expliquer notamment que le marché peut être une solution à tout, y compris pour les marchés dits par les économistes « répugnants ». Il cite le marché des organes, de l’amitié, de l’adoption, de l’admission dans une université prestigieuse, de la prostitution.

Et plutôt que les (ces activités) « sortir du marché », on peut leur appliquer « la théorie des incitations », ce qui permettra d’éviter « ces écueils moralement condamnables, tout en bénéficiant des vertus du marché […] « .

Pour mémoire, la théorie des incitations peut se comprendre, en ce qui concerne un marché répugnant, au travers de l’exemple suivant : le sang. Ainsi, selon Jean Tirole, les gens devraient vendre leur sang plutôt que le donner, car il y aura ainsi plus de sang sur le marché. Mais seulement, lui et des spécialistes de l’économie comportementale ont découvert (sic) que si les gens ne vendent pas leur sang, c’est qu’ils auraient une image de cupidité qu’il ne supporteraient pas. Mais il poursuit : on peut, selon lui, calculer un prix adéquat (et non nul) et des conditions d’incitations qui effacent cette culpabilité là. L’incitation prend la forme ici d’une récompense monétaire. Une somme versée par l’Etat ? Un marché organisé ? Il ne le dit pas. En tout état de cause, ce sont les mécanismes de marché qui sont à l’oeuvre dans les solutions qu’il expose.

De même, l’on pourra évoquer d’autres formes d’incitations, mais punitives ou restrictives, sous forme de taxe, dont l’une des premières idées fut les taxes pigouviennes, inventées par Arthur Pigou il y a une centaine d’années.

Mais les marché répugnants semblent pouvoir aussi être remplir une fonction dans la société qu’il ne s’agirait pas moraliser… Ainsi, il interroge l’hypocrisie des gens en couples qui ne vont pas voir des prostitués, ce qui donc, si on le suit bien, freine le marché de la prostitution pour de mauvaises raisons. Je le cite : « Ainsi, une personne qui serait scandalisée par l’idée même de la prostitution ou de relations tarifées, peut néanmoins rester avec son conjoint, sans amour, par désir de sécurité financière ou par simple peur de la solitude. Parfois, le marché est donc notre bouc-émissaire : il endosse les critiques que nous pourrions adresser à l’humanité-même car il révèle ou met en évidence ce qui peut déplaire dans la nature même de l’humain. Le marché, en tant que miroir de l’humanité, sert alors à nous cacher notre propre hypocrisie et à révéler certains penchants voire certaines parties de notre âme que nous aurions aimé cacher aux autres et à nous-mêmes. » Etrange, non, comme raisonnement…?

Mieux. Là où il me semble que cela devient scabreux est le chapitre consacré aux organes. « On ne peut se targuer de moralité quand on est contre le commerce des organes », affirme t-il. Une phrase assez stupéfiante prononcée à l’Institut de France.

En gros son argument c’est de dire, vous les moralistes qui vous élevez sans réfléchir, sous le coup de l’émotion, contre la marchandisation des organes, qui apporterait plus d’organes sur le marché à ceux qui en ont besoin, vous êtes des cons. Je me demande qui est le con dans cette histoire. Être contre ce marché, c’est juste une histoire de morale gauchiste semble t-il, pour lui. Il n’y aurait donc pas d’arguments sérieux contre ce phénomène ?
Par contre, outre ses arguments, il a même des idées de mise en oeuvre : dans un autre texte (texte du débat suivant un discours prononcé en 2011 dans le sein de la même académie, lien ici) il estime qu’il « faudrait payer une forte somme d’argent à des gens du Tiers-Monde » pour qu’ils fournissent leurs organes…

– « Le marché […] préserve des risques discrétionnaires, des lobbys et du favoritisme »

Là, j’étais plié de rire. Ah oui, le marché préserve des risques discrétionnaires ? Sans blague ! des lobbys ? Mince alors ! du favoritisme ? MDR !

– « le marché […] empêche les entreprises puissantes d’imposer leurs prix élevés et leurs produits médiocres »

Pareil. On rit… Le marché a t-il empêché Servier de fournir son médiator ? Et Monsanto, ses pesticides ? et le cartel des télécoms, Orange, SFR et Bouygues, ils ne se sont pas entendus pendant 15 ans pour nous infliger des prix délirants sur les communications mobiles ? faut-il allonger la liste ??

– « […] une étude récente a montré que le partage des responsabilités érode les valeurs morales : l’existence d’excuses (‘‘on m’a demandé de le faire’’, ‘‘tout le monde le fait’’, etc.) a permis la mise au rencard des réticences individuelles peu éthiques. » (la phrase est alambiquée…)

Là aussi on sourit, ou on est triste. Il lui a donc fallu une belle étude « récente » réalisée par des économistes (Sic) pour savoir que les gens peuvent se déresponsabiliser dans un groupe ou dans une chaîne de responsabilités. Je pense qu’il n’est point besoin de faire des calculs ou enquêtes savantes pour le savoir. J’imagine qu’il ne connaît pas l’expression « criminel de bureau »…

Jean Tirole se paie en plus le luxe d’un chapitre conclusif sur le marché et les inégalités qu’il génère, dans lequel il explique que la Science économique trouve ses limites à appréhender le problème et à en trouver des solutions. Sans doute pense t-il représenter l’ensemble des économistes ?

Frédéric Dessort

COP21 : le prix unique du carbone n’a pas que des partisans

Je publie ici le texte de Gilles Rotillon, Professeur émérite de sciences économiques à l’université de Paris 10, spécialisé en économie de l’environnement, membre des économistes Atterrés, que je remercie. Il livre un point de vue critique sur l’approche de la réduction des gaz à effet de serre par l’établissement d’un prix unique du carbone, à l’échelle mondiale, position d’ailleurs que défend Jean Tirole.

F.D.

La tonne de carbone a-t-elle une valeur ?

La COP 21 qui va se tenir à Paris à la fin de l’année aborde donc une nouvelle fois la question du changement climatique qui, pour l’instant, n’a toujours pas été réglée. Depuis qu’elle se pose, les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui en sont responsables ont augmenté de 60 % alors même que les différentes COP avaient leur réduction à leur ordre du jour. La difficulté principale vient du caractère extrêmement diffus de ces émissions. Si, par bonheur, il y avait un responsable identifiable, il serait sans doute beaucoup plus facile de prendre des mesures, comme par exemple avec le problème de l’ozone, réglé pour l’essentiel par le protocole de Montréal, avec l’interdiction des gaz (CFC) en cause. Mais, dans ce cas, les producteurs étaient principalement au nombre de trois (les américains ICI et Du Pont de Nemours et l’européen Atochem) et ils avaient à leur disposition les substituts qui permettaient de continuer comme avant, tout en éliminant l’impact sur l’ozone.

Tout au contraire, dans le cas du changement climatique, il y a plus de sept milliards de responsables au travers de leurs décisions de production et de consommation, même si les responsabilités sont de niveaux très différents. Et il y a 195 États souverains qui ont bien du mal à se cordonner en renonçant alors nécessairement à une part de leur souveraineté. La « solution » trouvée à Copenhague a consisté à se donner un horizon en 2050 où l’objectif est de ne pas dépasser les 2°C d’augmentation de température en contradiction avec toutes les trajectoires envisagées par les scientifiques. Comme la plupart des négociateurs actuels ne seront plus au pouvoir en 2050, le risque qu’ils prennent aujourd’hui face à leurs électeurs est bien faible.

Les preuves de ce gigantesque problème de coordination sont aveuglantes. Au niveau global, le fait même qu’on en soit à la vingt-et-unième COP alors même que les émissions de GES continuent à augmenter en est une des illustrations les plus marquantes. Au niveau des États, cette absence de coordination se manifeste aussi par la diversité des politiques sur le changement climatique et sur les politiques énergétiques. Gaz de schiste et/ou charbon pour les uns (USA et Chine en particulier), mix énergétique hétérogène pour d’autres (nucléaire en France et éolien en Allemagne), chaque pays mène sa politique énergétique en fonction de ses intérêts immédiats (ou du moins de ceux qu’il perçoit comme tels), aménage son territoire selon ses propres critères, construit sa mobilité en fonction de ses contraintes (pression des consommateurs et des constructeurs, SUV aux USA et gazole en France, Volkswagen en Allemagne). Il en est de même pour la fiscalité carbone, nulle pour certains (USA), très élevée pour quelques-uns (100 euros en Suède) et balbutiante pour beaucoup. Il est évidemment logique que les situations de chaque pays étant différentes, ils n’aient pas les mêmes choix, mais que ces choix, quels qu’ils soient, continuent à impliquer globalement des émissions croissantes montre bien que le souci de leur baisse n’est pas intégré comme une contrainte forte par les différents États.

Face à cette situation pour le moins contrastée, un certain nombre d’économistes réputés1 ont trouvé la solution : un prix mondial du carbone permettant, par son unicité, de donner la bonne incitation à tous, conduisant enfin à cette réduction tant espérée des émissions de GES. Associé à ce prix, la mise en place de mécanismes (bonus-malus, tarifs douaniers, encours de dettes souveraines) et d’institutions (existantes et/ou à créer) permettrait de résoudre les problèmes d’équité et de participation qui bloquent pour l’instant toute solution au problème climatique.

C’est peu de dire que cette « solution » reste extraordinairement théorique, tant les conditions minimales qui permettraient de l’envisager ne sont pas réunies et n’ont guère de chance de l’être dans les prochaines décennies. On ne voit pas bien par quel miracle les principes évoqués par ces économistes2 auraient la vertu de débloquer des négociations qui entament leur vingt-et-unième round (il semble que l’on n’ait pas assez médité sur la difficulté indiquée par ce nombre). Les abandons de souveraineté impliqués par la création d’institutions ayant droit d’intervention (ou l’attribution de nouvelles compétences à des institutions existantes), des sanctions crédibles ou des transferts forfaitaires à grande échelle supposent que les problèmes de coordination qui sont à la source des difficultés actuelles seront finalement surmontés par la seule vertu de trois principes affirmés par des « experts ».

Mais finalement cet argument de réalisme pourrait ne pas être aussi décisif dans la mesure où la solution de nos économistes, si elle est certes difficile à implémenter, serait néanmoins la voie à suivre, sans doute ardue mais efficace pour régler le problème climatique. De fait, le prix unique du carbone ne serait qu’un objectif de plus long terme, vers lequel il s’agirait de converger, partant d’une coalition initiale de pays ayant vocation à s’étoffer au fur et à mesure. Ce serait certainement faire peu de cas du timing implicite (2050, c’est demain et il est peu probable qu’à cette date le processus de convergence soit achevé) et de la crédibilité de la « coalition initiale »3 mais est-ce malgré tout la bonne solution ?

Pour le croire, il faut penser que la tonne de carbone a une valeur intrinsèque qui, une fois qu’on l’a « révélée » peut justement se traduire par ce prix signalant cette valeur, alors même que ce que montre les multitudes d’évaluations des externalités environnementales, c’est leur extrême diversité pour le même bien ou service. Loin de mesurer une valeur intrinsèque de la tonne de carbone, nous mesurons les valeurs que nous lui accordons, compte tenu de nos contraintes et de nos préférences. Et comme celles-ci sont largement différentes, parce qu’elles résultent de la contingence historique et des dynamiques sociétales, vouloir imposer un prix unique, c’est refuser de voir la diversité du monde et le croire à l’image de la théorie où l’agent représentatif suffit à comprendre les comportements. C’est prendre la théorie pour le monde et faire du modèle la réalité à laquelle il suffirait de se conformer.

Il ne serait sans doute pas si utile d’un point de vue opérationnel de chercher à discuter cette idée farfelue d’un prix unique du carbone dans le monde réel, tant on peut être certain qu’elle ne sera jamais mise en œuvre ni même prise en considération par les États lors de la COP21 (et même de la COP25 ou 32 qui risquent bien d’exister au rythme où se prennent les décisions). Car le problème climatique n’est pas d’abord un problème économique, c’est un problème politique et s’il est si difficile de se mettre d’accord sur des décisions de réduction des émissions de GES que tout le monde aujourd’hui s’accorde à trouver nécessaires, c’est que derrière la réduction des émissions il y a toute l’organisation de la production et de la consommation à repenser à nouveaux frais, ce qui ne peut que heurter de puissants intérêts en place qui n’ont pas le bien commun comme préoccupation principale.

Gilles Rotillon

1 Dont Jean Tirole, le prix « Nobel » 2014.,

2 Prix unique du carbone, participation universelle, absence de passager clandestin

3 Certes, les négociations préliminaires à la COP 21 indiquent que la Chine et les États Unis (30 % des émissions mondiales à eux deux) se sont engagés sur des réductions dans un avenir proche (autour de 2020/2025). On nous permettra de nous réjouir de ces engagements quand ils seront constatés, tant l’histoire passée nous a incités à être prudents (voir le Fonds vert de 100 milliards acté à Copenhague qui n’a guère été suivi d’effets).

« Les bonnes affaires de Jean Tirole » (en PDF). Quelques compléments

Voici en PDF mon article « Les bonnes affaires de Jean Tirole », publié par Marianne la semaine dernière. L’occasion de revenir sur quelques faits importants.

Jean Tirole, ainsi qu’un certain nombre d’enseignant-chercheurs en économie travaillant à l’université de Toulouse I – Capitole, exercent une activité de recherche à titre privé, pour le compte de multinationales, d’institutions privées ou encore de structures publiques. Pour pouvoir mener ces prestations de recherche, ils s’inscrivent dans le cadre d’une association : l’Institut d’Economie Industrielle (Idei), créée en 1990 par Jean-Jacques Laffont.

L’Idei propose ses compétences – environ 50 chercheurs relevant de trois laboratoires publics -, donc, à de grandes entreprises et institutions qui viennent financer plusieurs chaires de recherche (*). Les chercheurs encaissent alors le fruit de leur travaux via leur entreprise, qui prend la forme d’une « société civile », dont, reconnaît Joël Echevarria, DGS de l’Idei et de la TSE, ils n’ont pas le droit d’être gérants : ce sont leurs proches qui assurent ce rôle. C’est le cas par exemple de la société « Tirole Economie », dont Jean Tirole est le principal actionnaire et sa fille la gérante…

Le cumul d’activité possible … mais à titre accessoire !

Ces chercheurs rompent potentiellement avec la loi Le Pors qui encadre la fonction publique, notamment en matière de cumul d’activité. Celle-ci est très claire dans son principe : « […] les agents de l’Etat […] doivent consacrer l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées dans l’administration qui les emploie ». Et encore heureux. Car sinon, cela signifierait que le fonctionnaire contrevenant, exerçant une autre activité régulière et professionnelle, en tous cas non ponctuelle, se ferait payer son principal salaire tout ou partie … gratuitement, si je puis dire. Autrement dit, cette régularité d’activité extérieure l’empêcherait de faire ses heures normales pour lesquelles il serait néanmoins rémunéré. Ce que condamne la loi Le Pors au reversement de l’ensemble des sommes indûment perçues. 

Jean Tirole a t-il le droit d’être directeur scientifique de l’Idei ?

Autre point, également problématique. La même loi interdit aux fonctionnaires « y compris si elles sont à but non lucratif, les activités privées suivantes : 1° La participation aux organes de direction de sociétés ou d’associations ne satisfaisant pas aux conditions fixées au b du 1° du 7 de l’article 261 du code général des impôts ». L’exception en question concerne les associations à but non lucratif du genre « association de quartier », ou à caractère « social et philanthropique », etc. L’Idei ne peut évidemment pas être de ce type, puisque ses activités ont un enjeu lucratif, par la rémunération de chercheurs via leur société civile. Le budget de l’Idei, en 2011, atteignait 3,5 M€. Or, Jean Tirole est le directeur scientifique de l’Idei, et ce, depuis 1992…

Prises illégales d’intérêt ?

Enfin, la situation de Jean Tirole pourrait peut être relever du Pénal. Je citerai à nouveau Eric Alt, Vice-président d’Anticor (association de lutte contre la corruption), et conseiller référendaire à la Cour de Cassation (autrement dit, l’un de ses juges) : « Il faudrait une enquête approfondie pour déterminer si des prises illégales d’intérêt ont pu être commises ici »

La prise illégale d’intérêt par un fonctionnaire, comme le précise l’article 432-12 du code pénal est « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public ou par une personne investie d’un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l’acte, en tout ou partie, la charge d’assurer la surveillance, l’administration, la liquidation ou le paiement, est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €, dont le montant peut être porté au double du produit tiré de l’infraction. »

Chacun pourra juger de cette situation. Je souligne ici que je n’entends pas juger de la moralité de savoir si un chercheur gagne suffisamment sa vie, et s’il est légitime qu’ils s’enrichisse par ailleurs. A tout le moins, cette bulle de chercheurs qui s’affranchissent des règles crée une situation malsaine dans la communauté universitaire toulousaine. 

Sur le fond, comme je l’indique dans l’article, ce type de situation ne date pas d’hier : de nombreuses associations similaires à l’Idei ont éclos dans les années 80 /90. Ce qu’a fortement critiqué la Cour des Comptes en 1997, soulignant notamment que les fonds qu’elles géraient échappaient au comptable public. A la suite de quoi ces structures ont été intégrées aux établissements. Enfin, pas toutes…

Une vision très hiérarchique de l’université

Le fonctionnement de la TSE et de l’Idei semble ainsi éloigné des traditions collégiales universitaires. Au contraire, la gouvernance est partagée par un petit noyau de décideurs.

C’est d’ailleurs dans ce sens que Jean Tirole voit l’organisation d’une université. Lorsqu’il présidait le groupe « gouvernance » du projet de création de l’université de Toulouse, en 2011, dans le cadre de l’appel à projets Idex qui a fait tant couler d’encre, le lauréat du prix de la Banque de Suède avait proposé que ce nouvel établissement soit dirigé par un directeur exécutif … : son « seul maître à bord » (**).

Frédéric Dessort

(*) Je rappelle ici que l’Idei n’est pas la TSE, et que cette dernière étant une fondation, elle n’est pas non plus un laboratoire public. Même si elle entend chapeauter trois labos publics (Gremaq, Lerna, Arqade), ces derniers ne sont pas juridiquement subordonnés à la TSE. Mais c’est tout comme. Ils devraient d’ailleurs fusionner à la fin de l’année, facilitant l’emprise de la TSE sur la nouvelle entité. Pour ajouter à la confusion, les salariés de l’Idei et de la TSE sont regroupés dans un GIE, le « GIE Economie industrielle ». 

(**) On pourra télécharger la version finalisée du projet « Toulouse Initiative d’Excellence » du 8 décembre 2011 et se rendre page 14. Pour mémoire, ce projet avait ensuite été retoqué.

« Le monde si simple de Jean Tirole », par Gilles Rotillon

J’observe avec une certaine perplexité le cours des publications autour de Jean Tirole. Nombreuses à l’encenser, à reprendre ses positions. La mienne comme celle de quelques uns tranche peut être trop avec le concert louangeur du moment, pour être reçue. Mais bon. Voyons dans le temps. Néanmoins, ce soir, je voulais vous faire connaître une excellente tribune du Diplo, signée de Gilles Rotillon, économiste spécialiste de l’environnement. Il détricote sa pensée et notamment sa définition étroite de l' »éthique face au marché » pour reprendre le titre de la tribune de Jean Tirole publiée par les Echos le 8 décembre 2014. Qui le fait dire, par exemple, que la répulsion vis à vis de la création d’un marché des organes humains est fallacieuse. Pour Jean Tirole, les économistes doivent chercher à savoir « ce qui fonde les craintes vis à vis de la marchandisation ».

« Le monde si simple de Jean Tirole », par Gilles Rotillon, à lire sur le Diplo ce mois-ci (il faut être abonné ou acheter ce numéro en kiosque)

Les antisèches de Jean Tirole

article311014A retrouver cette semaine dans Marianne (n°915), une petite brève à propos d’un certain Prix Nobel d’économie (pour être exact : Prix de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel). Jean Tirole, assailli par de nombreux journalistes de France et de Navarre, est plutôt mal à l’aise dans cet exercice face aux questions variées de mes confrères. Sommé de donner quelques sésames pour résoudre des problèmes vifs de notre société (retraites, chômage, enseignement, libéralisation, déficit…), le chercheur, par l’intermédiaire de Christian Gollier, directeur de la Toulouse School of Economics, a sollicité ses collègues. Ces derniers, selon leur expertise, ont été priés de concocter un mémo sur tous ces thèmes, afin que le Nobel puisse répondre au mieux aux multiples sollicitations médiatiques..

La question du marché… des organes humains

Remarquez, pour remonter un an en arrière, a-t-il eu besoin d’aide de camp pour répondre à la longue interview donnée au magazine Sciences Humaines (*) ? En tous cas, une de ses réponses a échappé à l’attention médiatique…

Jean Tirole a en effet regretté l’existence de tabous quant à créer un marché … d’organes humains. Il faisait en cela référence au très controversé Gary Becker, un autre Nobel d’économie issu de l’école de Chicago dont visiblement le toulousain ne se réclame pas (**). Or, selon M. Tirole, les économistes sont jugés immoraux lorsqu’ils proposent une telle solution pour combler la pénurie d’organes.

On comprend pourtant pourquoi : imaginez en effet que les donneurs soient rémunérés. Un sordide tableau serait alors donné à voir. Car qui rémunérerait-on parmi les vendeurs ? Les morts ? Non, par définition ; donc, leurs familles, leurs proches ? Qui auraient du coup intérêt au décès du vendeur ?
Reste alors les donneurs – pardon, les vendeurs – de leur vivant.
Or, ce sont en premier lieu les plus pauvres d’entre nous qui – pour certains -, accepteraient de donner un morceau de leur corps pour un prix qui resterait à fixer, mais suffisamment haut.
Pour couronner le tout, pour que l’offre et la demande convergent vers le merveilleux ‘ »optimum du bien être économique » – si cher aux économistes néo-classiques, dont Jean Tirole est -, autrement dit, pour que la main invisible vienne retirer ces abattis au bénéfice des parties, il faudrait mettre en place une bourse aux enchères. A l’instar des bourses aux droits à polluer soutenues par Jean Tirole… Une belle foire d’empoigne bouchère…

Frédéric Dessort

(*) voici l’extrait de l’interview en question (lien)

[…] On vous doit aussi depuis une dizaine d’années des travaux à la lisière de l’économie et d’autres sciences humaines. Vous vous intéressez particulièrement à la psychologie économique, champ de recherche qui met en question les postulats de l’Homo œconomicus…

Jean Tirole : La théorie économique considère généralement que les gens sont rationnels, qu’ils maximisent leur utilité, alors qu’en pratique ils ne le font pas toujours. Elle suppose par ailleurs que l’information est toujours utile, alors qu’en pratique, les gens peuvent refuser d’acquérir de l’information, avoir des croyances tout à fait sélectives, s’enferrer à conserver des croyances erronées sur eux-mêmes ou sur la société.
Il existe par exemple de véritables tabous dans la vie économique. Faut-il créer un marché pour les organes humains ? Certains, comme l’économiste Gary Becker, le pensent. N’est-il pas absurde, avance-t-il, que des gens meurent en raison d’une pénurie d’organes ? Ne sauverait-on de nombreuses vies en acceptant que les organes soient rémunérés ? Pourtant, à défendre de telles propositions, les économistes sont souvent considérés comme des gens immoraux. Cela dit, les tabous sont utiles, dans la mesure où ils signalent toujours des problèmes sensibles. Mais ils ont aussi un coût important. Certaines réformes économiques favoriseraient le bien-être général, mais se heurtent à des blocages psychologiques. […]

(**) Il a en effet déclaré que s’il s’agissait de laisser faire le marché, alors il est « très très anti-libéral »

Médailles Fields : la France encore à l’honneur des mathématiques

Auteur de la photo : Baroc

Artur Avila. Auteur de la photo : Baroc

Bravo à Artur Ávila, le nouveau médaillé Fields aux couleurs tricolores et aussi brésiliennes (cf par exemple cet article du Monde). Témoignage de la tradition franco-brésilienne de collaboration en mathématiques. De la formidable école mathématique française, qui continue de collecter les honneurs. La France qui reste premier pays avec les Etats-Unis pour le nombre de médailles Fields (l’équivalent du Nobel en maths). Le congrès mondial de la discipline a également salué – enfin ! – une femme : Maryam Mirzakhani, iranienne.

Les mathématiques qui sont mal-aimées du public, des jeunes notamment. La désaffection des filières scientifiques est toujours criante à l’université. En témoigne le niveau très bas de l’effectif étudiant en M1 de mathématiques, qui je crois atteignait une centaine l’année dernière à l’université Paul Sabatier. Je prends cette référence pour comparer avec mes propres études : en 1994, la maîtrise de mathématiques comptait environ 400 étudiants et deux amphis… Aujourd’hui, on cherche péniblement les candidats au Capes (à l’agreg aussi bien sûr), et les effectifs d’enseignants dans le secondaire dans cette matière – tout comme l’anglais – sont très insuffisants… Paradoxalement, les profs de maths sont plutôt en sur-effectif à l’université, tandis que certaines filières, comme la bio à Paul Sabatier, débordent…

Les mathématiques, on peut les voir comme un domaine austère, aride, … ou bien y voir des trésors d’inconnues…