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« Un président transparent … mais pas trop ! » : mon enquête en PDF

Voici, en version PDF, mon enquête sur Georges Méric.

Bonne lecture !
F.D. 

articlemeric

Quelques réponses à la communication de Georges Méric

Hier, Georges Méric présentait ses voeux à la presse… j’y étais. Hasard des choses, j’ai reçu l’invitation à m’y rendre le jour de la publication de mon enquête. Et le gag, c’est que le président est venu me serrer la main, me souhaitant ses bons voeux… avant, une ou deux minutes plus tard, de m’accuser de basses vilenies. Je veux bien comprendre qu’il puisse pousser des cris d’orfraie et me vouer aux gémonies. Mais tout de même. Il me semble quelque peu outrecuidant de me reprocher des méthodes journalistiques « peu scrupuleuses », lui que j’ai sollicité bien à l’avance, pour lui soumettre le résultat de mon enquête, il avait tout le loisir de me recevoir ou de me parler au téléphone. Ce qu’il n’a pas fait, préférant passer le relais à son directeur de cabinet et à son attachée de presse, avec lesquels d’ailleurs l’échange fut courtois.

Maintenant, il y a les faits. Ecrire dans un communiqué, qu’il nous a lu, qu’il a bien déclaré tout son patrimoine dans sa déclaration de patrimoine et d’intérêts relève à la fois d’un petit détournement d’objet de la déclaration d’intérêts et d’une manifeste inexactitude. En l’occurrence, la déclaration d’intérêts n’a pas pour objectif de recenser tous les avoirs de l’élu – ce qui est le cas de la déclaration de patrimoine -, mais bien ses intérêts. Nuance. C’est à dire : participations au capital d’entreprises, fonctions de direction, présidences d’associations… Autrement dit, une maison dont il serait propriétaire en bien propre, donc sans passer par une SCI, ou encore, véhicules, assurances vie, comptes bancaires, … doivent apparaître dans sa déclaration de patrimoine, mais pas dans sa déclaration d’intérêts. En revanche, les SCI – et autres structures portant un actionnariat -, oui. Georges Méric a donc fait des omissions, nombreuses, dans sa déclaration d’intérêts. Dix entreprises, c’est à dire 8 SCI et 2 sociétés civiles de holding, dont une dont il est sorti du capital après son élection à la tête du département, en fait, en faisant donation de ses parts à ses filles. Toutes ces omissions dans sa déclaration d’intérêts sont passibles de poursuites et peuvent donner lieu à des condamnations à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

Ensuite, il a reconnu lors de son allocution avoir effectivement cédé ses parts dans les trois maisons de retraites à ses filles – son premier communiqué en évoquait deux -, et être toujours actionnaire des SCI qui louent les murs de ces EHPAD. Il y a donc contradiction, dans son propre communiqué : il affirme d’une part que tout son patrimoine figure dans les deux déclarations – patrimoine et intérêts -, mais ces SCI dont il dit être actionnaire ne figurent certainement pas dans sa déclaration d’intérêts.

Dernier rectificatif : il affirme dans son communiqué que ses déclarations sont publiques. C’est faux. La déclaration d’intérêts l’est, certes, par nature. En revanche, sa déclaration de patrimoine n’est même pas consultable en préfecture. Avant la promulgation de la loi sur la transparence de la vie publique, le Conseil Constitutionnel avait en effet cassé cette possibilité concernant les présidents de Région ou de Département… Mais vous pourrez connaître les actifs de votre député, tout aussi local que ces derniers. Allez-y comprendre quelque chose…

F.D.

Georges Méric : un président transparent… mais pas trop !

Tout d’abord, tous mes voeux pour la nouvelle année !

Je vous propose de retrouver en kiosques mon enquête dans Marianne (n°1032, édition du 6 au 12 janvier), consacrée à Georges Méric. 

articlemeric

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


En mars 2015, quelques jours avant de prendre la présidence du Conseil Départemental de la Haute Garonne, le cacique du PS avait annoncé à la Dépêche du Midi vendre ses parts dans trois maisons de retraite médicalisées pour éviter tout conflit d’intérêts. Pourquoi ? Le Conseil Départemental encadre et finance en partie l’activité des EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes
Âgées Dépendantes), au titre de la « dépendance », c’est à dire la prise en charge et l’accompagnement des personnes âgées en fonction de leur niveau d’autonomie. En Haute-Garonne, le Département verse l’Aide Personnalisée d’Autonomie (APA) aux résidents, qui reçoivent par ailleurs une facture de leur établissement au titre de cette prise en charge.
L’APA représente en moyenne 10% du budget des EHPAD, en particulier des EHPAD privés. A cela peut s’ajouter un autre financement du Conseil Départemental : l’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH), soit parfois jusqu’à 20% supplémentaires dans le budget des maisons de retraites médicalisées. Il faut ajouter, en matière de financement public, la partie soins, encadrée par l’Agence Régionale de Santé, et abondée par l’Assurance Maladie.

Or, à qui Georges Méric a-t-il vendu ses parts pour éviter tout conflit d’intérêts ? À ses filles !

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France 3 Midi-Pyrénées a fait sa une sur ces révélations dans l’édition du 6 janvier du 19/20.

Suite à la parution de l’article, ce médecin gériatre reconnaît très officiellement avoir fait cette cession de parts à ses filles pour deux de ces EHPAD. Je souligne ici que lors d’un entretien avec le cabinet de Georges Méric, prenant son relais alors qu’il n’a pas voulu me recevoir ni me parler au téléphone, lorsque j’ai demandé si la cession de ces participations à ses filles dans les trois maisons de retraites posait problème, on m’a répondu que les services juridiques avaient validé cette situation…

Autre partie importante de mon enquête : l’omission d’une dizaine d’entreprises dans sa déclaration d’intérêts. Pour mémoire, cette déclaration d’intérêts a été créée en 2013 suite à l’affaire Cahuzac. Elle vient compléter la déclaration de patrimoine, qui n’est pas publique en ce qui concerne les présidents de Département ou de Région.
On s’en souvient, François Hollande avait alors annoncé une loi et de nouveaux moyens en réponse au scandale provoqué par son ministre du Budget. Une loi promulguée en 2013 et adossée à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, créée afin d’identifier les conflits d’intérêts et de « promouvoir la probité et l’exemplarité des responsables publics ». Aujourd’hui, 14 000 d’entre eux doivent remplir un formulaire – qui une fois complété et validé par la HATVP, est téléchargeable sur son site – détaillant toutes formes d’intérêts à la date de leur élection ou nomination, voire dans les cinq années précédentes : participations au capital d’entreprises ou d’organismes publics, fonction de directions, présidence d’association… Et là, Georges Méric, contrairement à ce qu’il affirme dans un communiqué, n’a pas fait toute la transparence sur son patrimoine.

Je reviens également sur sa condamnation par la justice, en 1999 : il a été jugé par le Tribunal Correctionnel de Toulouse, avec un de ses associés dans une clinique, pour avoir détourné 5,7 millions de francs à la Sécurité Sociale.

J’ajoute enfin que le gériatre occupait des fonctions de direction ou d’administration dans les deux premières maisons de retraites, à Calmont (EHPAD Les Roses) et Nailloux (L’Acacia), dans son fief, de 1994 à 2008 pour la première et de 1994 à au moins 2003 pour la seconde. En 2008, il a démissionné de ses fonctions de DG de la maison de retraite L’Acacia. Or, Georges Méric, qui a été maire de Nailloux de 1983 à 2008, est devenu conseiller général en 1988, puis Vice-président du Conseil Général de la Haute Garonne de 1998 à 2008. Les conflits d’intérêts de l’élu ont-ils donc commencé bien avant son élection à la présidence du Conseil Départemental ?

Frédéric Dessort

Aéroport de Toulouse : les chinois lorgnent sur le magot

Casil Europe réclame un versement exceptionnel aux actionnaires de 17,5 millions d’euros Photo Mirza Junaid

 

(Article publié dans Marianne, n°1000, du 10 au 16 juin 2016)

Touchez pas au grisbi ! C’est en substance ce que les élus des collectivités territoriale de Toulouse ont répondu à Casil Europe, le nouvel actionnaire chinois de l’Aéroport de Toulouse-Blagnac, à l’annonce de son souhait de … taper dans la caisse. Mike Poon, le PDG de Casil, guigne en effet les réserves financières de l’aéroport : une cagnotte de 70 millions d’euros, jusque-là destinée aux investissements stratégiques. Concrètement, les Chinois réclament un versement exceptionnel aux actionnaires de 17,5 millions, en sus des 5 millions de bénéfices annuels. Soit un gain de 11 millions environ pour Casil, qui détient 49,9 % du capital. La proposition sera portée à l’ordre du jour de la prochaine AG extraordinaire, le 1er juillet. « Il ne faut pas s’étonner outre mesure : cette hypothèse a été évoquée quand Casil Europe a racheté les parts de l’Etat en 2015 », explique Jean-Michel Vernhes, le président du directoire de l’aéroport. Un deal pourtant bien secret jusqu’à aujourd’hui…

Frédéric Dessort

PS : petit complément à l’article. Selon M. Vernhes, le prélèvement pourrait être envisagé dans la réserve financière de 70 M€, voire aussi dans la trésorerie qui avoisinerait les 40 M€. On en saura plus le 1er juillet

 

 

Pour Jean Tirole, l’empathie est un « travers » de l’homme économique

Il est toujours aussi stupéfiant de voir comment Jean Tirole peut être encensé par certains journalistes, qui semblent oublier leur devoir d’esprit critique. Ne parlons pas du Point, qui a donné une onction de principe au livre de l’économiste : « L’économie du bien commun ». On l’a vu aussi sur le plateau d’Elkabbach, encore que ce dernier, Michaël Darmon et Arnaud Leparmentier aient pu se montrer incisifs. Ce qui est dommage, car ils ne l’ont interrogé que sur des questions (chômage, politique économique, …) pour lesquelles le toulousain n’a pas reçu son Nobel – pardon, le prix de la Banque centrale de Suède. Et puis, Jean-Pierre Elkabbach, qui semblait sincèrement passionné par l’ouvrage publié par l’économiste, ne semble pas l’avoir lu complètement. En tout cas, j’aimerais bien qu’il nous dise ce qu’il pense des pages 165 et suivantes.

Dans un chapitre intitulé « L’économie en mouvement », Jean Tirole détaille l’évolution des arcanes de l’économie, encore, faudrait-il dire, de la micro-économie, devenue pensée dominante. La « micro », faut-il le rappeler, a été fondée, longtemps, sur le paradigme de l’ « homo oeconomicus » : un agent économique rationnel qui cherche à maximiser son intérêt personnel. Rationnel dans un sens assez étroit : l’homme est censé, dans cette théorie, savoir classer tous les produits qu’il a à choisir, de manière « transitive ». Autrement dit : si vous préférez une pomme à une poire, une poire à une banane, c’est que vous préférez la pomme à la banane. Cette transitivité des préférences est une des conditions sine qua non à l’édification des mathématiques de la micro-économie, en tous cas dans sa première phase de l’homo oeconomicus. Or, de nombreuses expériences ont démontré, depuis les années 70, que leurs participants contreviennent à cette hypothèse de rationalité.

Ce que confirme Jean Tirole, pour qui le modèle de l’homo oeconomicus est « une fiction ». Fort bien. Le problème c’est qu’il ajoute plus loin que si « l’homo oeconomicus et l’homo politicus [il ajoute ici un autre modèle similaire campant des hommes rationnels dans leurs choix politiques] ne se comportent pas toujours aussi rationnellement que le prédit la théorie », c’est que « nous avons tous des travers à la fois dans notre réflexion et nos prises de décisions ».

L’empathie, les émotions : des « travers », selon Jean Tirole

Des « travers ». Mais de quoi parle t-il ? Ainsi, si nous ne sommes pas rationnels au sens de la théorie économique, c’est que nous avons des travers ? J’ai regardé rapidement le Petit Robert à la définition de ce mot. Pour ce dictionnaire, Travers, « D’une personne » est un mot qui signifie « Petit défaut, faiblesse ». Ainsi, Jean Tirole semble faire la confusion entre ce qui relève d’une fonction intellectuelle, la rationalité, et un élément de morale. Ne pas être rationnel, est-ce, pour lui, un signe de faiblesse ?

Et Jean Tirole, pour appuyer cette affirmation, va ensuite égrener plusieurs de ces travers. Il liste ainsi plusieurs « exemples de comportements qui ne correspondent pas au modèle de l’homo oeconomicus », dans un chapitre intitulé « A l’encontre de notre intérêt personnel ».

« L’un de ces travers est le manque de volonté […] qui conduit à la procrastination », commence t-il. Deuxième obstacle à la rationalité : « nous nous trompons dans la formation de nos croyances ». Enfin, un autre de ces comportements qui va à l’encontre de notre intérêt est « l’empathie ».

Dans ce paragraphe il ne dénie pas, en soi, une « composante d’empathie dans la description de l’objectif des acteurs économiques », qui ne « pose aucun problème avec la théorie économique classique ». Il suffit en effet, selon lui, de « redéfinir l’intérêt bien compris : si j’internalise une partie de votre bien-être, il devient de facto le mien ».

Jean Tirole en revient donc à tenter de valider le premier modèle, à considérer l’empathie comme un intérêt, tout en étant un travers du comportement humain. Diantre…

D’ailleurs, il conclut ce chapitre en ajoutant un dernier problème, qualifié de déviation : « parmi les autres déviations qui nous éloignent de la rationalité pure et qui font l’objet d’études en économie expérimentale, on peut citer […] le rôle parfois utile, mais aussi souvent contre-productif, des émotions dans la décision […] ».

En rire ou en pleurer ? Attention, ne nous laissons pas aller à nos émotions !

Frédéric Dessort

La ville rose passe sous pavillon rouge (article en PDF)

La gestion de l’aéroport est déjà tombée entre leurs mains. Mais ils ne veulent pas en rester là. Et les émissaires de Shandong Hi-Speed Group en promettent. Routes, gares, troisième ligne de métro, … devant les moyens mis sur la table, les élus de la région ont bien du mal à résister au chant des sirènes de Pékin. Enquête.

Voici mon article disponible ici, en version PDF (Marianne N°994 – Du 29 avril au 5 mai 2016)

Bonne lecture !

Frédéric Dessort

La ville rose sous pavillon rouge

Mon enquête à lire demain dans les colonnes de Marianne,

« La ville rose sous pavillon rouge.
Routes, gares, infrastructures, face aux moyens mis sur la table, la région a bien du mal à résister au chant des sirènes de Pékin. « 

Et également, l’enquête d’Hervé Nathan, « Nos très chers amis chinois. La France, une banlieue économique de la Chine ? L’empire du Milieu tisse des liens plus qu’étroits avec EDF. »

Bonne lecture !

Frédéric Dessort