Archives de Catégorie: Innovation technologique

Recherche publique et innovation ? Ne pas confondre, répond un patron toulousain

Et si le transfert de technologies devait venir des … entreprises vers les labos publics et non l’inverse ? C’est en tous cas ce que souligne, iconoclaste, René Chelle, patron d’AB 7 Industries, une PMI innovante basée dans le bassin toulousain. Habitué depuis plus de 40 ans aux partenariats avec la recherche publique, et ayant construit plusieurs success-stories grâce à cette dernière, il explique à Interface (lettre spécialisée éditée par l’Etudiant, article repris par Educpros) son expérience en la matière. Et en quoi, selon lui, la doxa qui consiste à pousser les laboratoires à être évalués sur leur niveau de brevets, de transfert d’innovations vers le monde économique, est excessive voire infondée.

René Chelle, patron d’AB 7 Industries, membre du Cercle d’Oc, a également piloté la Commission Nationale de reconnaissance des CRT au ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 2000 à 2006

Le patron explique aussi dans cette interview que les partenariats technologiques publics – privés ne datent pas d’hier, contrairement à ce qu’on pourrait croire. 

Un entretien à lire ici

Frédéric Dessort

PME innovantes du numérique : le développement à l’international, une nécessité ?

(reprise d’un de mes articles publié par Midenews.com le 25 mars 2013)

Ne dit-on pas que nul n’est prophète en son pays ? Un adage qui fait du sens pour les PME innovantes : le développement international doit-il être une part essentielle de leur modèle économique ? Les opportunités existent à l’évidence dans le monde notamment dans le secteur du numérique, et pas seulement aux Etats-Unis. Quelles sont les potentialités à connaître, les écueils à éviter ? Sans donner de réponse générale, voici quelques pistes et témoignages.

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L’implantation du CEA à Toulouse en question

Annoncé en grandes pompes au mois de Janvier, l’arrivée du CEA à Toulouse ne se fait pas sans grincements de dents. Un projet d’implantation notamment porté de longue date par Alain Costes, l’ancien directeur du LAAS à l’entregent rusé et aux réseaux madrés. In fine, la venue de cet acteur majeur de la science et des technologies a été négociée essentiellement avec la Région Midi-Pyrénées. Le reste des acteurs universitaires et de la recherche en est restée en marge. Certains de ses dirigeants ont d’ailleurs plutôt mal accueilli la présentation quelque peu messianique – par la Région, les médias locaux… – de l’arrivée de l’organisme de recherche à Toulouse. Les laboratoires toulousains en micro, nanotechnologies, énergie, ou encore en sciences des matériaux n’ont en effet rien à envier au géant grenoblois de la recherche. 

Pour rappel, le CEA ouvre dans la ville Rose un CEA Tech dont l’ambition affichée est de promouvoir un panel de ses technologies auprès des PME régionales, notamment dans le domaine de l’électronique et des micro/nanotechnologies. Objectif double du CEA : accroître la compétitivité de ces entreprises tout en générant un chiffre d’affaires au travers de licences d’exploitations de ses innovations technologiques.

Un programme qui le conduira également, progressivement, à approfondir ses relations avec des laboratoires publics de la région toulousaine tel que le CEMES, le LAAS, le CIRIMAT, etc… En fait, le CEA en est déjà peu ou prou partenaire via des programmes de recherche communs, le financement de thèses… L’enjeu pour le CEA consistera à identifier des débuts de technologies, ou des technologies déjà matures, issues de ces unités toulousaines, afin d’en acquérir la propriété intellectuelle – il en a largement les moyens – et/ou de les développer avec elles vers des applications économiques. De nouveaux projets de recherche pourraient naître de cette dynamique : sans doute une opportunité pour les laboratoires concernés. 

Avec un gros bémol à la clef (*) : le CEA pourrait dès lors empiéter sur les plate-bandes d’au moins deux organismes publics positionnés sur le créneau de la valorisation de la recherche à Toulouse. En l’occurrence, l’Institut de Recherche de Technologique Aéronautique et Espace (cf cet article pour en savoir plus) a été lancé précisément pour mettre au point des technologies en lien avec les laboratoires toulousains, sur des domaines en partie communs au CEA Tech. Même possibilité de territoire foulé pour la Toulouse Tech Transfer, fortement dotée pour aider les chercheurs à transformer leurs découvertes en solutions industrielles.

Or, le CEA a d’ores et déjà marqué son terrain. A Toulouse, lors de la grand-messe du lancement du CEA Tech, le 28 janvier, Jean Therme, son grand manitou, prévoyait en aparté des difficultés avec l’IRT. A preuve : le centre atomique a refusé de prendre part à sa gouvernance.

On peut, une fois de plus, s’interroger sur la créativité de l’Etat à empiler de nouvelles strates concurrentes. D’autant plus lorsque les décisions se prennent à Paris : l’Etat ayant parfois ses raisons que les régions ne connaissent pas.

Frédéric Dessort

(*) de sol

Sogrid : le projet grenoblois de Toulouse.

Représentation du flot dans un graphe, indiquant pour chaque arête le flot a qui la traverse et sa capacité maximale b, sous la forme a/b. Page wikipedia sur les graphes

Sogrid : ce projet vise à expérimenter un « smart grid » à Toulouse. Comprenez : un réseau d’énergie intelligent, qui va optimiser ses propres flux grâce à des capteurs-actionneurs répartis sur les sommets de son graphe. A distance, il sera du coup possible de détecter les pannes, de les localiser, et de faire jouer à plein la notion de réseau, à l’instar d’Internet, pour les compenser. Et aussi, de mesurer finement les dépenses d’énergie. Bref.

Porté aux nues dans le cadre de Futurapolis il y a quelque jours, ce programme de R&D associe ERDF, STMicroelectronics, d’autres industriels et PME innovantes : pas une société, sauf erreur, basée à Toulouse. Et pour la partie recherche publique : Grenoble INP et l’Ecole Polytechnique. 

Bref, cette expérimentation émane notamment d’acteurs grenoblois, certes à portée nationale, mais les initiateurs viennent envisager son innovation dans la ville Rose (tant mieux !), mais sans ses labos. En tous, aucun d’entre-eux ne sont annoncés. Et pourtant, il y a de quoi faire ici en matière d’expertise des réseaux : on pense au LAAS, à l’IRIT… et je suis loin d’être exhaustif.

J’ajoute dans ce contexte que l’installation du CEA à Toulouse se fait un peu en cavalier seul : par exemple les dirigeants de l’agence atomique n’ont pas voulu entrer dans la gouvernance de l’IRT qui vient d’être officialisé. Ils n’ont pas communiqué non plus avec les dirigeants du PRES-Université de Toulouse jusqu’à l’annonce officielle de la création du CEA Tech. 

Ecrivant ce billet, je dois dire que je ne fais que poser une première observation, n’ayant pas eu le temps d’enquêter pour connaître les raisons du choix toulousain des porteurs de projet et dans quelle mesure les acteurs locaux y seront associés.

Je profite par ailleurs de cet article pour relayer une lettre ouverte à Pierre Cohen, dont l’auteur est docteur en mathématiques et ingénieur à l’université Paul Sabatier, Joseph Saint-Pierre.  La voici : 

Monsieur le maire de Toulouse, président de Toulouse métropole

Bonjour.

Je me permets de vous écrire à propos d’un article du journal La
Tribune que j’ai trouvé passionnant et qui concerne Toulouse :

http://www.latribune.fr/green-business/l-actualite/20130417trib000759987/toulouse-accueille-une-experimentation-smart-grid-a-grande-echelle.html

J’ai été très étonné de voir figurer seulement deux partenaires de
recherche mentionnés dans cet article : «* Partenaires universitaires
et recherche : Grenoble INP, l’École polytechnique (LIX) » avec aucun partenaire de recherche Toulousain.
Or il me semblait que le milieu de la recherche local est assez
reconnu dans les domaines concernés, l’énergie et l’informatique. Je
me sens très concerné par la consommation d’énergie, en tant que
citoyen mais aussi en tant qu’universitaire toulousain travaillant sur
des ordinateurs consommateurs d’énergie.

L’image de Toulouse métropole de la connaissance me semble altérée par
l’absence des équipes de recherche locales dans des projets aussi
importants pour l’avenir. J’aimerais que l’image de Toulouse ville des
savoirs s’appuie sur de meilleures relations avec les organismes de
recherche installés localement.

Veuillez accepter mes salutations citoyennes.

 

Innovation : les oubliés du transfert de technologies

A l’heure des Investissements d’avenir, on a beaucoup parlé d’actions sur lesquelles misent les Régions et l’Etat pour développer l’innovation, les technologies, et in fine, l’emploi. Dans le désordre : laboratoires d’excellence (notamment ceux qui mènent des travaux de recherche appliquée), plateformes d’innovation technologique (je pense en Midi-Pyrénées, à « Guide » ou « Farenheit »), les clusters ou grappes d’entreprises innovantes (à l’instar de Water Sensors Membranes ou de Digital Place au titre de l’appel à projet éponyme de la Datar), ou encore, bien évidemment, des pôles de compétitivité.

Plus spécifiquement dans l’interface publique-privée, des structures ont été lancées pour valoriser la recherche ou favoriser les partenariats de recherche technologique : les SATT notamment, mais aussi les IRT (celui de Toulouse venant d’être officialisé).

Or dans ce domaine précis du transfert de technologie, de nombreux acteurs existent déjà depuis belle lurette ! En particulier : les CRITT (centres régionaux d’innovation et de transfert de technologie, les IRT venant s’installer en partie sur leurs plate-bandes, mais avec des différenciateurs importants), les CTI (Centres Techniques Industriels, créés en 1948 !) ou encore, les plateformes technologiques de Lycées. Il faut compter aussi avec des acteurs purement privés mais qui font pourtant de la recherche : les sociétés de recherche sous contrat (SRC). Leurs équipes sont souvent composées de docteurs-ingénieurs qui utilisent des connaissances scientifiques universitaires comme le font des laboratoires publics. Autant d’acteurs qui ont un positionnement qui se recouvre parfois, les mettant en concurrence.
En ajoutant les IRT, SATT et autres plateformes, on a donc complexifié un espace déjà touffu. Certes, en leur adjoignant des moyens conséquents. 

Je ne rentre pas dans le détail de leurs activités, je vous invite en ce sens à lire un dossier publié par Interface dans son numéro de début avril. En voici un aperçu publié par Educpros (qui co-produit Interface avec l’Etudiant et l’Entreprise).

En tous cas, contrairement à ce que la communication gouvernementale pourrait laisser penser, les IRT et les SATT, notamment, ne sont pas l’alpha et l’oméga du transfert de technologies, même si elles devraient en devenir des pièces maîtresses. Or, l’un des enjeux que pourrait porter l’Etat serait de simplifier le système existant, qui s’est agrégé au fil du temps sous la forme d’un mille-feuille bien français. La commission Tambourin-Beylat, qui a posé une série de recommandations pour booster l’innovation en France, a certes proposé de créer un opérateur global – via la BPI – qui gérerait et suivrait de près tous les financements et acteurs d’accompagnement du transfert. Mais elle n’a pas creusé ce besoin de simplification d’un dispositif qui effraie chercheurs et entrepreneurs qui voudraient travailler ensemble…

Frédéric Dessort

Le CEA à Toulouse : les entreprises au cœur de ses enjeux

 

La nouvelle a connu quelque écho dans la presse régionale et nationale : le CEA va s’installer à Toulouse en créant une antenne dénommée CEA Tech. Objectif : proposer aux entreprises régionales quelques unes des technologies de l’organisme, dans le domaine de la micro-électronique, du stockage et de la conversion d’énergie, de la sécurité des logiciels embarqués. Les acteurs de la santé sont également concernés, les micro et nanotechnologies entrant de plus en plus au cœur du progrès médical. Naturellement, ces échanges ne seront pas gratuits pour le CEA qui établira des licences d’exploitations de ces technologies génériques. L’enjeu de fond étant aussi de lancer des projets de recherche collaborative avec des entreprises et des laboratoires toulousains. 

Ses locaux pourraient être établis sur Montaudran Aerospace – en lente construction -, et il fut un temps évoqué que le CEA puisse s’installer dans le cadre ou proche des futurs bâtiments de l’IRT. Mais ce dernier institut promis à de grandes choses depuis plusieurs années maintenant n’a toujours pas reçu l’onction de l’Etat…

Au demeurant, l’arrivée du CEA, que j’avais évoqué au travers de Kwantik.fr il y a déjà près de deux ans, a été l’œuvre de tractations menées notamment avec la Région. Des discussions ont également eu lieu avec les industriels régionaux au travers du projet d’IRT. Mais en tous cas, pas avec le PRES-Université de Toulouse, écarté de toutes considérations concernant cette implantation. Le grand raout du lancement du CEA Tech, organisé fin janvier dans les salons de l’usine Lagardère (des salons dans une usine…) en présence du président de la Région et de trois ministres, fut l’occasion pour les dirigeants universitaires présents de rappeler à Jean Therme que sa petite blague faite il y a une dizaine d’années n’a plus cours aujourd’hui. En l’occurrence : « Toulouse est une équipe de rugby composée de joueurs de tennis ». Un sarcasme qui était une manière de pointer l’individualisme et les pré-carrés de la ville Rose, notamment dans le giron universitaire. Et il est vrai qu’aujourd’hui, force est de reconnaître que les principaux établissements toulousains travaillent beaucoup plus ensemble. 

Le CEA en prendra t-il suffisamment la mesure ? En tous cas, selon Jean Therme, des contacts ont été pris en amont avec le LAAS et le CEMES. Ces deux grands laboratoires sont déjà partenaires de longue date du CEA au travers de projets de recherche, a voulu rappeler le grand manitou du centre grenoblois. En outre, des réunions ont déjà eu lieu et d’autres sont programmées avec le pôle de compétitivité Aérospace Valley. On les comprend : avec plus de 600 entreprises membres, le CEA a de quoi y faire son marché.

F.D.

Le gouvernement envisage d’utiliser le CIR pour la pré-industrialisation des innovations

Fleur Pellerin, ministre des PME, de l’innovation et de l’économie numérique, était de passage, ce lundi 24 septembre, à Toulouse. Invitée de marque lors de l’assemblée générale du pôle Aerospace Valley, elle s’est exprimée sur la stratégie du gouvernement en matière de soutien à l’innovation.

En particulier, elle a évoqué une piste pour traiter l’un des points épineux dont pâtissent les PME dans leurs projets de recherche et développement. Un budget de 200 M€ pourrait en effet être débloqué sous la forme de crédit impôt recherche (CIR). Objectif : contribuer au financement de démonstrateurs, de prototypes de produits dont la preuve de concept a pu être faite par les entreprises dans un processus de R&D.

Cette option budgétaire devrait être décidée rapidement lors du prochain conseil des ministres ce vendredi. « Nous vérifions actuellement l’euro-compatibilité de cette disposition », a toutefois prévenu la ministre.

Toulouse toujours dans l’attente de son IRT 

Si Aerospace Valley a été au cœur des débats, un autre dossier tout aussi important, joue toujours les arlésiennes : l’Institut de Recherche Technologique en aéronautique, espace et systèmes embarqués. Ce projet important pour la cité Rose n’a toujours pas reçu son décret. Mais il pourrait faire l’objet d’une décision par le Commissariat Général à l’Investissement à partir du mois d’octobre.
Louis Gallois, qui a pris les rênes de cette entité, doit en effet, le 12 octobre, remettre son rapport sur la compétitivité au Premier ministre. Une étape importante à partir de laquelle le ministère du redressement productif devrait annoncer sa politique en matière d’innovation, et notamment la troisième ère des pôles de compétitivité.

Frédéric Dessort