Ballastières, ancienne usine d’armes chimiques… les réponses de la DGA

Premier complément ce jour à mon enquête publiée par Marianne. Dans le dernier paragraphe, j’aborde les problèmes connexes, si l’on peut dire, à celui de l’usine Seveso. Cette dernière est en fait le reliquat de l’ancienne et immense Poudrerie Nationale de Toulouse. Pendant la première guerre mondiale, elle s’étendait de l’usine Herakles (qui est devenue Airbus Safran Launchers le 1er janvier 2015) jusqu’aux terrains de Sanofi au sud, à ceux de la zone du Chapitre et à l’ancienne Onia. Ci-dessous une diapo de la DGA diffusée dans le cadre du SPPPI du 6 décembre 2005 (*) pour faire le point sur la dépollution du site de Braqueville (document complet ici).

carteDGA

Représentation du déploiement des activités de fabrication de poudre à travers les siècles (qui ne mentionne pas les diverses explosions qui ont marqué son histoire… notamment celle du 21 septembre 1781 !). On peut constater ici que le premier conflit mondial a amené la Poudrerie à s’étendre largement au sud (zones E et F).

Toutes ces activités de fabrication de poudre ont laissé quelques inquiétants héritages aux toulousains : ballastières, nitrocellulose se cachant peut être encore dans le sous-sol de ce petit territoire, mais aussi … armes chimiques. En effet, le parking de la Clinique du Cancer est positionné à l’endroit d’anciens locaux où l’on concevait, testait du gaz de Sarin, Tabun… Pour en savoir plus, j’ai sollicité la DGA qui a bien voulu répondre dans un exercice de transparence qui ne va pas très loin, mais qui est quand même à souligner. En voici le contenu.

Frédéric Dessort / Marianne.
Alors que la Clinique du Cancer vient d’ouvrir ses portes sur le site de l’Oncopole, la question de la dépollution / traitement / réhabilitation des ballastières reste en suspens. Un document précisant cette opération était attendu fin 2013… un projet a-t-il été finalisé ? si oui, quel est son contenu ?

DGA/ Antoine Torres. Le marché d’étude et de définition passé par le ministère de la défense a conclu à la faisabilité du déstockage en sécurité des poudres entreposées sur le site des ballastières et a permis de bâtir différents scénarios allant du maintien en l’état jusqu’à leur traitement destructif hors du site. Le dossier de synthèse de ces études est en cours d’instruction.

Des études ont-elles été menées pour établir l’éventuelle pénétration de la nitrocellulose dans la nappe phréatique, et la Garonne ? si oui, qu’ont-elle révélé ?

Les poudres présentes sur le site des ballastières sont des poudres B, à base de nitrocellulose, qui se présentent sous forme de grains, de bandes et plus rarement de spirales. Il est utile à ce propos de rappeler que l’insolubilité dans l’eau de ces poudres, qui ne peuvent donc entraîner une pollution des eaux a été soulignée lors de la séance du SPPPI du 29 juin 2011. Par ailleurs, l’évaluation détaillée des risques (EDR) a mis en évidence l’absence de nitrocellulose dans les eaux superficielles et souterraines environnant le site des ballastières et a montré que la qualité des eaux de la Garonne était satisfaisante au voisinage et en aval du site.

D’autres produits de l’ancienne poudrerie ont-ils été enfouis dans les ballastières ? par exemple : des obus, qu’ils aient été remplis avec de la nitrocellulose ou du gaz de moutarde ?

Les quatre ballastières ont été creusées et aménagées pour conserver, en toute sécurité, sous eau, des surplus de stocks de poudres pour armes produits après la fin du premier conflit mondial jusque dans les années 50. Les investigations menées pour caractériser les différents types de poudres présentes dans les ballastières et pour en évaluer les quantités n’ont pas mis à jour d’autres types d’objets que des ferrailles.

Pouvez-vous rappeler les opérations de dépollution qui ont été menées dans les terrains qui relèvent de l’Armée ? je pense notamment à l’espace qui servait autrefois aux tirs des obus, mais aussi à la zone suivante. 

En effet, les toulousains ont appris l’existence d’une usine de fabrication d’armes chimique (Sarin, Tabun, …). 

Quand a-t-elle été stoppée ? où les déchets de cette usine ont-ils été stockés ? jusqu’à quelle profondeur la zone correspondante a été décaissée avant qu’elle ne soit supplantée par le parking de la nouvelle clinique du cancer ?

L’installation appelée « demi-grand chimique » de Toulouse-Braqueville fut inaugurée en 1963. Il s’agissait d’une installation d’essais destinée à la recherche sur les produits chimiques de synthèse.

La décision de fermeture du site fut prise en 1973 et l’installation définitivement fermée en 1976. A cette date, tous les produits dangereux avaient été soit détruits, soit transférés. Les ateliers et les lieux de stockage ont fait l’objet de nettoyage et d’assainissement. Les produits en fûts restant sur le site ont été neutralisés et détruits par des sociétés spécialisés avec l’aide des services de la Protection Civile. Les bâtiments furent démantelés en 1997. La zone est aujourd’hui occupée par un parking et une pelouse.

Tous les produits synthétisés dans l’installation furent réglementairement déclarés auprès de l’Organisation d’Interdiction des Armes Chimiques dans la déclaration initiale de la France en 1997. Les quantités produites ont été peu importantes car la France n’a pas développé d’arsenal chimique.        

Le 12 septembre 2005, une communication a été réalisée en réunion publique par la DGA lors de la réunion SPPPI à Toulouse. Le document présenté est disponible sur le site internet de la DREAL. Le ministère a répondu aux questions posées à l’époque.

En 2007 et en 2010, des analyses chimiques ont été réalisées sur des prélèvements de sols, d’eau de surface, d’eau souterraine et de sédiments des ballastières. Tous les résultats ont été négatifs pour l’identification de toxiques de guerre, de leurs précurseurs ou de leurs produits de dégradation.

De manière plus large, la Poudrerie nationale, qui était très étendue, a donné lieu à (au moins) une autre poche de nitrocellulose dans cette zone. Une explosion spontanée qui s’est produite fin 2011 sous la dalle de béton d’un entrepôt de la zone du Chapitre (entreprise Saica Pack) a révélé que c’était en effet cette substance qui a détonné. Peut-on être sûr que ce type d’accident ne peut se reproduire à l’avenir sur l’ensemble de la zone ?

Vous trouverez toutes les informations concernant la dépollution des terrains de l’ex-poudrerie de Braqueville  sur le site internet de la DREAL Midi-Pyrénées (Compte rendu de la réunion SPPPI du 5 décembre 2005) à l’adresse suivante :

http://www.midi-pyrenees.developpement-durable.gouv.fr/spppi-2005-a6041.html

[fin des réponses]

On peut noter que la DGA ne répond pas à ma dernière question, pourtant cruciale. Le lien fourni conduit à quelques pages qui ne permettent en aucun cas d’apporter une réponse. C’est un sujet qui doit être clarifié. Il semble aberrant que d’autres explosions soient possibles sur cette zone d’activité, qui compte un nombre important d’entreprises.

Frédéric Dessort

(*) Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions et des risques industriels (SPPPI) est une instance qui rassemble divers acteurs : services de l’Etat (Dreal…), collectivités locales, industriels, associations de protection de l’environnement…

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