Journalisme et numérique : les lignes n’ont pas fini de bouger

Je publie ce texte que j’ai rédigé en guise d’introduction au prochain débat de l’Association des Journalistes de Toulouse et Midi-Pyrénées, le 2 avril à 19 h à la Cantine Numérique.

————-

Fin 2012 à La Cantine numérique, l’AJT-MP vous proposait de débattre autour des transformations de notre métier, à l’aune d’Internet et de toutes les facettes du numérique.

Aujourd’hui, les nouveaux usages numériques du journalisme poursuivent leur maturation, notamment sur Twitter. Ce nouveau mode de publication, d’interaction, augure et incarne même déjà une forme de rencontre directe entre les journalistes et le public. On peut se demander d’ailleurs si certains médias ne succomberont pas ou n’ont pas déjà succombé à la tentation d’utiliser des outils d’analyse à grande échelle des réseaux sociaux, comme la mairie de Toulouse s’y adonne.

Certains de nos confrères très « connectés » viennent poster sur Twitter des questions, lancent des débats, et conversent avec leurs « followers » ou d’autres utilisateurs de la plate-forme. Ce qui leur permet de prendre la température ambiante sur les sujets chauds du moment et d’orienter l’angle des articles. Il s’agit aussi, d’enrichir la compréhension du sujet et d’obtenir de nouvelles informations.

D’autres l’utilisent simplement comme le rouage d’un moteur de transmission instantanée de l’information et profitent en retour d’informations qu’ils n’auraient pas eu autrement. Mais n’oublions pas que l’information ne naît pas sur Twitter. Plus que jamais, le terrain, les sources, le bonheur de la rencontre « réelle » s’avèrent nécessaires à la bonne marche de notre métier.

En creux, des dérives, des dangers. Certains médias et journalistes, plutôt que d’utiliser les réseaux sociaux pour mieux comprendre où se situe l’intérêt général, épousent plutôt le cours de l’émotion et de l’hystérie qui y surgissent rapidement.

Dans le sillage de cette irrationnalisation de l’espace public, certains journalistes ont été ou sont régulièrement vilipendés et agressés – numériquement – par des « trolls », sur leur compte twitter. C’est le cas notamment de Frédéric Haziza que l’AJT-MP a soutenu l’été dernier, victime d’une diatribe incessante sur Twitter par des antisémites, néo-nazis ou autres sectateurs de Dieudonné.

La question de la « e-réputation » devient dès lors de plus en plus prégnante, tant pour les journalistes, qui peuvent voir en ces nouveaux outils un moyen de se valoriser, que pour le public. Et la potentialité accrue des effets buzz, positive comme négative, renforce les enjeux d’image pour les personnes qui font l’objet d’articles. Sans compter que le Web se fait plutôt moteur d’agrégation que de suppression des données publiées : le droit à l’oubli est devenu quasiment impossible.

En filigrane, l’un des tropismes des réseaux sociaux consisterait en la publicité de plus en plus grande de tout et de rien. Et notamment, encore une fois, Twitter, peut-être vu – en négatif – comme le manifeste d’un paradigme du rétrécissement de la vie privée, de l’inflation d’une vie publique oscillant entre narcissisme et voyeurisme. Un contexte qui a peut-être stimulé la publication d’enregistrements audio révélant des échanges privés dont l’intérêt général reste à démontrer. On l’a vu avec les affaires en cours (Ecoutes Buisson).

Notons que la face négative de ces nouvelles pratiques est un repoussoir pour plus d’un de nos confrères qui ne s’aventurent pas sur ces nouvelles ondes, afin de conserver une forme d’indépendance. Ce qui ne les empêche d’ailleurs pas de produire de bons articles. Mais leur existence numérique ne sera-t-elle pas inéluctable à moyen terme ?

Plus prosaïquement, est-il possible de sécuriser les échanges sur les réseaux sociaux, et protéger, tout simplement, les données ? La technologie n’étant pas mauvaise en soi, nous verrons que cette question peut trouver une réponse positive, fournie en l’occurrence par Datarmine. Cette start-up toulousaine, en iconoclaste, se fait l’adversaire des parangons du numérique : Facebook, Twitter et Google, rien que ça ! Son logiciel permet en effet de soustraire les données échangées des serveurs de ces géants californiens.

Enfin, comprendre l’évolution de nos métiers et de nos pratiques, c’est aussi comprendre celles des lecteurs : du simple utilisateur occasionnel au e-citoyen, les usages de la consommation d’information évoluent. De récentes études sociologiques montrent à quel point nombreux sont ceux qui ne vont pas à la source des informations, se contentant de se connecter à des portails comme Yahoo et Google ou encore à des applications mobiles. Toutes ces plates-formes trient, sélectionnent les informations mais sans réel travail journalistique et ne permettent pas toujours une bonne lecture de l’actualité.

Frédéric Dessort

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s