Régionalisation de l’enseignement supérieur et de la recherche : l’Allemagne, un exemple ?

Danger brandi par certains syndicats et une partie de la communauté universitaire, la possible décentralisation accrue de l’enseignement supérieur et de la recherche a agité les débats pendant les Assises précédant le projet de loi Fioraso. Des reculs en perspective, prétendent les opposants à ce mouvement qu’accompagnerait le troisième acte de la décentralisation : des fonctionnaires devenant territoriaux et non nationaux, dépendant du bon vouloir du Conseil Régional. Ce dernier serait très attaché à la recherche appliquée plus que fondamentale. Autre problème en vue : les financements ne seraient pas suffisamment transférés de Paris aux régions, à l’instar des universités, dont le passage aux RCE s’est accompagné de nombreux déficits budgétaires. Et pour couronner le tout, plaident les opposants à ce mouvement, une politique de la recherche qui perdrait sa vision nationale. Les thèmes pourraient dès lors en devenir redondants entre régions, puisque non arbitrés par l’Etat central. 

Je ne rentrerai pas dans ce débat, si ce n’est à dire qu’avant que le France sorte de son jacobinisme congénital, de l’eau s’écoulera sous les ponts… et pas sûr non plus que les Région se reconnaissent une compétence en matière d’enseignement supérieur et de recherche si forte qu’elle vienne intervenir dans les affaires universitaires. Ce qu’écartait nettement Nicole Belloubet (ancienne Vice-présidente de l’ESR à la Région Midi-Pyrénées) rencontrée un peu avant qu’elle ne rejoigne le conseil constitutionnel.

Allemagne : les frais d’inscription universitaires gratuits par référendums régionaux

Pour rebondir sur ce thème, toutefois, je reviens sur une interview que je viens de réaliser, publiée par Educpros.frBjörn Ivens est professeur de marketing et commerce allemand, basé à l’université de Bamberg, en Bavière. Il intervient dans le cadre de l’Ecole de Management de Lyon notamment, et dans d’autres établissements européens. Nous échangions donc autour des questions que je lui posais à propos de sa perception, expérience, analyse du système d’enseignement supérieur et de recherche français. Or, l’un des points évoqués fait écho à la question de la régionalisation. En Allemagne, le sup relève plus fortement de la compétence des Landers. Si le financement de la recherche est assez similaire à la France, des fonds existants tant à l’échelle locale que nationale puis européenne, la politique universitaire est en bonne part du ressort des régions allemandes, en lien avec des établissements qui sont dotés d’une forte autonomie. Un schéma qui s’est mis en place en 2006, à la suite de la loi de réforme du fédéralisme : voir notamment cet article de Marie Luginsland, correspondante d’Educpros.

Or, un point m’a fortement intéressé, souligné par Björn Ivens. Celui-ci rappelait déjà qu’il n’y a que très peu de grandes écoles en Allemagne, et que la plupart des cadres supérieurs sortent d’un cursus universitaire, en ce qui concerne notamment les études de commerce et management.

Ce qui signifie un différentiel considérable en ce qui concerne leur coût ! « Ce système est gratuit », explique le professeur bavarois. Gratuit ? En fait, ils ne l’étaient pas complètement il y a peu. Fallait-il les rendre encore plus onéreux ou au contraire les abaisser ? Un débat public a alors été engagé au début 2013 dans deux Landers, la Bavière et la Basse-Saxe.

Résultat : la gratuité a été décidée par référendum, s’étendant du coup à l’ensemble de la République Fédérale ! « C’est là la volonté du peuple. Les électeurs ont aboli les frais de scolarité dans les universités. Et même quand ces frais existaient encore, le montant ne dépassait pas 1000€ par an. », précise Björn Ivens.

Pour en savoir plus, on pourra lire avec profit cet autre article de Marie Luginsland.

Un exemple à méditer ? Il semble que l’on soit loin, en France, d’un tel lien démocratique institué à une échelle régionale.

Frédéric Dessort

 

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Une réponse à “Régionalisation de l’enseignement supérieur et de la recherche : l’Allemagne, un exemple ?

  1. Il est intéressant de voir que le système allemand met l’accent sur une diversité des systèmes éducatifs entre les Länder. Ceux-ci se trouvent dans un jeu de concurrence qui, à mon sens, a contribué à l’excellence de la recherche.

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