Une fac toulousaine sur les dents

Christine Marchal-Sixou et Michel Sixou, enseignant-chercheurs et praticiens hospitaliers de l’université Paul Sabatier, seront appelés à la barre le 18 octobre, au tribunal correctionnel de Paris. La première est accusée d’avoir plagié, en 2006, dans le cadre de sa thèse en odontologie, une bonne part du mémoire de Master II de Samer Nuwwareh, alors étudiant jordanien.

Quant à Michel Sixou, ancien doyen de la faculté de dentaire et ancien vice-président délégué de l’université Paul Sabatier (2008-2012), il est également mis en examen pour complicité.

Premières explications en attendant le jugement.

Voilà une affaire qui devrait mettre sur les dents le monde universitaire toulousain, et notamment, sa sphère médicale.

Mise en examen pour contrefaçon d’une œuvre de l’esprit le 16 juin 2010, Christine Marchal-Sixou est actuellement Maître de conférences et praticienne hospitalière en orthopédie dento-faciale à la faculté de chirurgie dentaire de Toulouse. Mais c’est à Paris qu’elle a soutenu sa thèse, fin 2006, à l’université de Paris 5 – Descartes dans le domaine de l’éthique médicale et biologique (spécialité odontologie (*)).

Elle est aujourd’hui poursuivie pour avoir repris en bonne part un mémoire de 3ème cycle, dont l’auteur est Samer Nuwwareh, alors étudiant jordanien. Celui-ci a rédigé ce document dans le cadre du master 2 d’Epidémiologie et de recherche clinique de Toulouse III.

Le jordanien, aujourd’hui chercheur au Canada, avait en fait présenté son travail six mois avant la soutenance de Mme Marchal-Sixou, sous la direction de Thierry Lang, professeur en épidémiologie, et de Michel Sixou. Ce dernier a été mis en examen deux ans après son épouse, le 23 mai 2012, pour complicité de contrefaçon d’une œuvre de l’esprit.

Des expertises contradictoires

Dès le départ de la procédure, une première analyse a été rédigée par le docteur Berteau, assistant spécialisé au sein du Parquet de Paris. Celui-ci considérait qu’environ un tiers la thèse de Christine Marchal-Sixou (soit environ 50 pages sur 150 pages hors bibliographie et annexes) était, en bonne part, très proche du mémoire de Samer Nuwwareh.

Deux expertises judiciaires ont été demandées plus tard, concluant de manière assez opposées, la première affirmant clairement le plagiat, la seconde estimant difficile de pouvoir l’établir, mais ne rejetant toutefois pas cette hypothèse. Devant cette contradiction, le ministère public a demandé une contre-expertise, qui fut refusée par le magistrat instructeur l’été 2012.

Michel Sixou fut l’un des principaux dirigeants de l’université Toulouse III – Paul Sabatier de 2008 à 2012. Il fut notamment Vice-président délégué à la communication et aux TIC (Technologies de l’Information et de la Communication), et tout à la fois doyen de la faculté de dentaire sur la même période.

Précisons que sur le site de la faculté de dentaire de Toulouse, Michel Sixou apparaît toujours comme son doyen. Ce qui n’est pas tout à fait exact : il est en fait aujourd’hui administrateur provisoire par décision de Bertrand Monthubert, Président de l’université de Toulouse III – Paul Sabatier. Explication officielle : aucune candidature n’a été formée lors des élections qui étaient prévues fin septembre 2013. En coulisse, on apprend qu’une enquête administrative est en cours concernant de supposées irrégularités dans l’élection du CA de la faculté d’odontologie qui eut lieu en mars 2013.

Ajoutons enfin que dans cette affaire, une autre plainte avait été déposée le 4 septembre 2008 par Patrick Lavernhe, décédé en début d’année 2013 à l’âge de 50 ans. Celui-ci candidatait au poste de Maître de conférences et de praticien hospitalier qu’a obtenu Christine Marchal-Sixou un an et demi après la soutenance de sa thèse (ils étaient les deux seuls à y candidater). La plainte portait cette fois une qualification d’escroquerie mais a abouti sur un non-lieu.

Frédéric Dessort

(*) Odontologie : science médicale qui concerne l’étude des dents

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2 réponses à “Une fac toulousaine sur les dents

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