L’implantation du CEA à Toulouse en question

Annoncé en grandes pompes au mois de Janvier, l’arrivée du CEA à Toulouse ne se fait pas sans grincements de dents. Un projet d’implantation notamment porté de longue date par Alain Costes, l’ancien directeur du LAAS à l’entregent rusé et aux réseaux madrés. In fine, la venue de cet acteur majeur de la science et des technologies a été négociée essentiellement avec la Région Midi-Pyrénées. Le reste des acteurs universitaires et de la recherche en est restée en marge. Certains de ses dirigeants ont d’ailleurs plutôt mal accueilli la présentation quelque peu messianique – par la Région, les médias locaux… – de l’arrivée de l’organisme de recherche à Toulouse. Les laboratoires toulousains en micro, nanotechnologies, énergie, ou encore en sciences des matériaux n’ont en effet rien à envier au géant grenoblois de la recherche. 

Pour rappel, le CEA ouvre dans la ville Rose un CEA Tech dont l’ambition affichée est de promouvoir un panel de ses technologies auprès des PME régionales, notamment dans le domaine de l’électronique et des micro/nanotechnologies. Objectif double du CEA : accroître la compétitivité de ces entreprises tout en générant un chiffre d’affaires au travers de licences d’exploitations de ses innovations technologiques.

Un programme qui le conduira également, progressivement, à approfondir ses relations avec des laboratoires publics de la région toulousaine tel que le CEMES, le LAAS, le CIRIMAT, etc… En fait, le CEA en est déjà peu ou prou partenaire via des programmes de recherche communs, le financement de thèses… L’enjeu pour le CEA consistera à identifier des débuts de technologies, ou des technologies déjà matures, issues de ces unités toulousaines, afin d’en acquérir la propriété intellectuelle – il en a largement les moyens – et/ou de les développer avec elles vers des applications économiques. De nouveaux projets de recherche pourraient naître de cette dynamique : sans doute une opportunité pour les laboratoires concernés. 

Avec un gros bémol à la clef (*) : le CEA pourrait dès lors empiéter sur les plate-bandes d’au moins deux organismes publics positionnés sur le créneau de la valorisation de la recherche à Toulouse. En l’occurrence, l’Institut de Recherche de Technologique Aéronautique et Espace (cf cet article pour en savoir plus) a été lancé précisément pour mettre au point des technologies en lien avec les laboratoires toulousains, sur des domaines en partie communs au CEA Tech. Même possibilité de territoire foulé pour la Toulouse Tech Transfer, fortement dotée pour aider les chercheurs à transformer leurs découvertes en solutions industrielles.

Or, le CEA a d’ores et déjà marqué son terrain. A Toulouse, lors de la grand-messe du lancement du CEA Tech, le 28 janvier, Jean Therme, son grand manitou, prévoyait en aparté des difficultés avec l’IRT. A preuve : le centre atomique a refusé de prendre part à sa gouvernance.

On peut, une fois de plus, s’interroger sur la créativité de l’Etat à empiler de nouvelles strates concurrentes. D’autant plus lorsque les décisions se prennent à Paris : l’Etat ayant parfois ses raisons que les régions ne connaissent pas.

Frédéric Dessort

(*) de sol

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