Pôles de compétitivité : beaucoup d’argent sur la table, mais peu d’informations sur les retombées

Cet été, les résultats d’un grand audit des 71 pôles de compétitivité ont été annoncés. Commandé par le gouvernement précédent, ce rapport d’évaluation souligne, sur près de 200 pages, leurs avancées pour les meilleurs d’entre eux : meilleure visibilité internationale des filières concernées; effet d’entraînement sur les implantations d’entreprises étrangères ou même nationales; meilleure lisibilité de l’offre régionale d’aides à l’innovation; multiplication des partenariats laboratoires – entreprises…

En creux, des interrogations, voire des inquiétudes. En effet, quels sont les débouchés des 5750 projets de R&D et des 4,3 milliards d’euros de dépense publique ? Difficile de le savoir !

Il existe certes deux données tangibles : le nombre de levées de fonds effectuées par des PME, soit 359, et le nombre de start-ups créées : 93. Mais pas d’informations sur leurs chiffres d’affaires ou sur le nombre d’emplois générés.

En fait, il n’existe pas de données globales qui permettraient d’identifier les innovations qui ont été commercialisées. En tout état de cause, « L’INRIA, le CEA, les Instituts Carnots considèrent que les projets de pôles sont souvent trop éloignés du marché », signalent les auteurs du rapport.

Or, l’étude révèle que de 2008 à 2011, près de 75% des 2500 innovations issues des projets donnent lieu à des procédés ou à des produits… oui, mais pas forcément jusqu’au stade du prototype ou démonstrateur technologique, qui peuvent être très coûteux. Autrement dit : on ne sait pas quelle part de ces innovations restent sur étagère !

La question se pose alors : est-ce à la collectivité de prendre en charge le financement du dernier segment de développement ? L’Europe a déjà répondu : elle interdit les subventions publiques de la phase de pré-industrialisation des innovations, pour ne pas causer de distorsion de concurrence. Pour ce qui est de la France, c’est, selon le rapport, on ne peut plus clair : « Il n’existe pas de solutions publiques de financement des projets de R&D collaboratifs proches de la mise au marché (TRL 6 à 9 (*)) et de taille intermédiaire »

Dès lors, les entreprises engagées dans les projets de R&D, PME et/ou grands groupes, investissent t-elles, les banques interviennent t-elles pour assurer la mise sur le marché des innovations ? Là aussi, pas de réponse chiffrée… mais un constat : «  Les performances des pôles de compétitivité sont à mesurer à l’aune d’une contraction globale des échanges commerciaux, d’une dégradation marquée de l’activité industrielle, d’un déficit de l’investissement privé et d’un assèchement du crédit »

Il y a bien entendu des contre-exemples, comme celui de Végéplast, issue d’un projet d’Agrimip. Selon Patrice Roché, le directeur de ce pôle dédié aux technologies agro-alimentaires et agricoles, cette jeune PME aurait recruté une centaine de personnes autour de ses capsules bio-dégradables intégrées notamment dans les Nespresso… Autre exemple : la plateforme de simulation aérienne « Shared Virtual Sky », commercialisée par une filiale d’Airbus avec plusieurs partenaires, est le prolongement du projet « Gaïa Virtual Sky », mené dans le cadre d’Aerospace Valley.

Bien conscients du problème, les pôles toulousains créent des clubs d’investisseurs ou renforcent la mise en relation avec des fonds de capital-risque.

Quant à l’analyse de l’impact sur l’emploi, elle manque tout autant cruellement de données… L’enquête a pu toutefois montrer que 66% des entreprises déclarent avoir créé des emplois suite à leur adhésion à un pôle. Sachant que 56% des entreprises ont recruté dans leurs départements de R&D. C’est à peu près tout ce que l’on sait sur la question…

Oui : près de 4,3 milliards d’euros ont été apportés au financement public des pôles de compétitivité, mais il n’existe pas d’outils de suivi permettant de connaître les recrutements dans leurs sillages. Vous avez dit, évaluation des politiques publiques ?

Frédéric Dessort

(*) TRL (Technology Readiness Level) : de 1 à 9, ce système permet de mesurer le niveau de maturité d’un développement technologique. De 7 à 9, on se situe au stade de la mise en œuvre d’un démonstrateur ou d’un prototype d’une technologie dont la preuve de concept a été faite en amont

 

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