Affrontements universitaires autour de l’Idex toulousain

Le verdict a été rendu : c’est un véritable basculement qui vient de se produire dans les deux principales universités toulousaines. Basculement, car, les listes de Jean-Michel Minovez et de Bertrand Monthubert, qui l’ont largement emporté aux élections des conseils centraux du Mirail et de Paul Sabatier, portent une vision nouvelle dans la démarche engagée de (re)création de l’Université de Toulouse. De quoi nourrir de nouvelles tensions au sein du PRES : après avoir sué sang et eau pendant un an pour obtenir l’Idex, les membres du CA, dont les deux poids lourds changent de bord, vont devoir débattre du contenu du projet déjà lauréat !

Car dès le lendemain des résultats des élections, les futurs présidents de Toulouse II et III se sont fendus d’une lettre destinée à Gilbert Casamatta, président du PRES, lui demandant de ne pas mettre au vote la signature de la convention attributive de l’Idex lors du prochain CA du PRES le 6 avril. Trouvez le frein et stoppez le train !

Rien de plus normal : cette réunion n’associera pas les deux auteurs de cette missive, qui doivent être officiellement adoubés par leurs CA respectifs, le 26 avril au Mirail, et le 9 mai à Paul Sabatier. Ils pourront en revanche participer aux débats du CA du PRES suivant, prévu le 30 mai. Revendications : réenvisager ce qui fait la hantise de nombreux personnels académiques, c’est à dire, une gouvernance autoritaire (un oxymore ?) et un périmètre d’excellence, rebaptisé « périmètre d’exclusion » par Bertrand Monthubert.

Soulignons aussi que Daniel Filâtre, président du Mirail jusqu’au 26 avril, pourtant un des principaux acteurs du projet d’Idex, avait du suivre deux motions votées à l’unanimité au sein de son établissement, similaires aux positions exprimées par Jean-Michel Minovez et Bertrand Monthubert. Et l’on ne compte plus les communiqués syndicaux assassins. Exemple : cette pétition demandant un moratoire et un référendum avant de se lancer dans la création de l’Université de Toulouse.

Rapidement, les doléances ont été entendues : Gilbert Casamatta, dans une lettre de cadrage du 30 mars destinée au CA du PRES, a repoussé sine die – l’Etat a donné jusqu’au 31 décembre le vote de la convention d’attribution. Mais sans toutefois remettre en cause la convention de pré-financement, préalable accélérateur de l’Idex. Cette première étape permettra de réceptionner 13,9 Meuros, à rendre bien sûr si la convention finale était rejetée, excepté plusieurs millions d’euros déjà acquis pour les Labex et l’Idefi, qui financent des laboratoires et des formations déjà désignés excellents par le CGI.

Un processus irréversible ?

Ce qui ne calme pas la colère de l’intersyndicale, qui voit se refermer les mâchoires d’un engrenage irréversible. Beaucoup voudraient supprimer purement et simplement les Investissement d’Avenir et son Idex phare, rappelant qu’ils portent des principes scélérats de mise en concurrence des établissements, d’élitisme et d’autres reculs démocratiques.

Pour l’heure, Bertrand Monthubert estime qu’il n’y a pas péril en la demeure : selon lui, accepter la convention de pré-financement n’engage pas en soi la communauté universitaire sur le modèle récusé. Mais pour Bruno Sire, président de Toulouse I, « Il a été expressément dit par le CGI que les dossiers validés par le jury ne sauraient être re-négociés, sauf à désavouer le jury, ce qui est inconcevable. ». Argument fallacieux pour Bertrand Monthubert : « Il faut arrêter de parler du jury, qui n’est pas notre tutelle. Je le rappelle : c’est l’Etat, et c’est avec lui que nous allons négocier. Et l’Etat a outrepassé récemment le jury en annonçant qu’il reconsidérerait le cas de deux PRES, l’Hesam et celui de Lyon. ».

Autre menace, brandie comme un épouvantail par plusieurs décideurs : si Toulouse ne se positionne pas avant les élections, l’argent sera perdu. Sous-entendu : si François Hollande est élu. Celui-ci s’est pourtant exprimé sur le sujet, le 5 mars à Nancy :« J’accélérerai la mise en œuvre des Investissements d’avenir et je veillerai, en favorisant les coopérations et les mises en réseau, à ce que ne se constituent pas de déserts universitaires et scientifiques. ». Une déclaration qui porte en elle le germe d’une contradiction ?

Frédéric Dessort

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