LRU : un retour aux mandarinats ?

On le sait, la LRU octroie un pouvoir plus important aux présidents des universités. J’avais traité ce sujet au travers de cet article d’educpros.fr à propos de l’Université Paul Sabatier.
Tout récemment, un autre exemple issu du même établissement est venu illustrer ce changement de paradigme. Peu après les élections qui ont permis de constituer des conseils aux pôles de recherche de Toulouse III, ce sont leurs responsables, ou plus simplement directeurs qui ont été désignés. Comment cela se traduit t-il en termes de processus ? En fait, le directoire du pôle, composé des directeurs de labos, fait la proposition d’un candidat au président de l’Université qui doit prendre également l’avis du Conseil Scientifique avant d’arrêter sa décision. Selon les statuts des pôles de l’UPS, l’impétrant doit être choisi parmi « les chercheurs et enseignant-chercheurs possédant une expérience de responsabilité dans le domaine de recherche concerné ».
Le 7 novembre, c’est exactement ce cheminement qui a été suivi pour choisir le responsable du pôle de recherche « MSTII » (Mathématiques, Sciences et Technologies de l’Information, Informatique), qui compte 9 laboratoires et 5 structures fédératives. Il s’agit de Jean-Paul Bahsoun, qui est également le directeur de l’UFR de Mathématiques-Informatique-Gestion (une UFR qui va être intégrée dans la Faculté de Sciences et d’Ingénierie le 1er janvier 2012).
Ce professeur des universités, membre de l’Institut de Recherche en Informatique de Toulouse (IRIT), a donc été désigné par le directoire du pôle, puis adoubé par Gilles Fourtanier. Or, selon mes informations, le Conseil Scientifique (CS), composé par une large représentation de la recherche et de l’enseignement, a voté à une très forte majorité contre cette proposition. Le président de l’UPS a donc passé outre cette position très marquée.Un responsable scientifique du site de Rangueil m’a expliqué que le directoire du pôle privilégiait le choix d’un homme doué d’une certaine habilité politique et pouvant remplir une mission de représentation extérieure dans la sphère régionale. Le conseil scientifique affirmant une position plus académique souhaitait une personne plus implantée dans le milieu international.Au delà de ces nuances qualitatives, ce qui a suscité un certain émoi dans les sphères notamment syndicales de l’université, c’est que la désignation ait été opérée par un cercle de directeurs de labos. Cela peut sembler logique, à élire un directeur, mais avant la LRU, le CS aurait pesé beaucoup plus lourd dans la décision, d’autant plus s’il s’y opposait nettement comme dans le cas présent.

On le voit ici : avec la LRU, si la collégialité existe toujours, elle est aujourd’hui plus l’incarnation d’une démocratie par les gouvernants que par le peuple universitaire. D’aucuns évoquent un retour aux mandarinats. C’est peut-être un peu caricatural, mais il y a du vrai dans cette représentation.

Frédéric Dessort

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