L’influence du classement de Shanghaï : entre réalité et fantasmes

Hier soir se déroulait la rentrée solennelle de l’Université de Toulouse, dans le faste du Théâtre du Capitole de Toulouse. La remise des diplômes de Doctorat était, comme chaque année, au programme.

Cette année, le partenariat entre Toulouse et la Chine était célébré, en particulier celui qui lie la ville Rose au Sichuan et à sa ville, l’immense et très étendue Chongqing, qui compte 32 millions d’habitants. Plusieurs conventions ont été signées entre les deux sites universitaires. Les décideurs chinois qui ont fait le déplacement sont venu s’en féliciter et envisager l’approfondissement de la coopération. D’ores et déjà, l’ouverture d’un bureau permanent de l’Université de Toulouse est prévue à Chongqing.

Li Keyong, Président de la Sishuan International Studies University

Li Keyong, Président de la Sishuan International Studies University


Il faut ajouter à cela que d’autres actions sont à compter entre Toulouse et la Chine, notamment la décision, au début de l’été, de créer un Institut d’Ingénierieà l’Université de Technologie de Tianjin avec le soutien de l’INP de Toulouse. Autre point à souligner : annoncé hier, le financement par la China Scholarship Council de 100 bourses de thèse qui seront octroyées à de jeunes chinois pour venir étudier à Toulouse. Et je ne parle pas de la dynamique économique qui se construit années après années entre notre ville et plusieurs sites chinois (exemples : Airbus implanté à Tianjin; la PME innovante Pole Star qui a développé un système de surveillance pour les pompiers de Chongqing).

Gilbert Casamatta, le président du PRES-Université de Toulouse (si les membres du bureau de cette association l’appellent déjà Université de Toulouse, elle n’est pas encore faite… même si cela en prend sérieusement le chemin) a observé que sur 1500 doctorants étrangers menant leur thèse à Toulouse (4000 doctorants au total), 115 sont chinois. Un nombre qui devrait augmenter si l’on en juge l’affirmation de Song Binglin, Consul Général de Chine à Marseille, selon lequel le nombre d’étudiants chinois en France devrait progresser de 30 000 aujourd’hui à 50 000 dans 5 ans. A Toulouse, ils sont au total 1 600. On imagine bien que ce niveau évoluera encore à la hausse.

Parmi les récipiendaires du doctorat, un groupe d'étudiants chinois était à l'honneur

Parmi les récipiendaires du doctorat, un groupe d'étudiants chinois était à l'honneur.

L’occasion de parler du classement de Shanghaï, ce qui nécessite un petit propos liminaire. Je présume que vous connaissez ce document qui chaque année, nous rappelle que les universités françaises sont les dernières de la classe ? Le meilleur établissement toulousain, l’Université Paul Sabatier, figure au 223 ème rang mondial. Or, de l’aveu même de Yin Jie, vice-président de l’université Jiao Tong, éditrice de ce palmarès, ce dernier n’est vraiment utile « que si l’on veut comparer les universités américaines, britanniques, chinoises et japonaises. Il ne rend pas justice aux universités françaises ou allemandes dont le système diffère complètement » (cf cet article du Figaro de 2009).

Le classement de Shanghaï est devenu, dans l’esprit de milliers de décideurs de la planète, une référence incontournable et doit être un paramètre important de nos politiques universitaires. En vain. Certes, nos gouvernants en font un aiguillon de la réforme actuelle des sites universitaires métropolitains ou régionaux (au travers des Initiatives d’Excellence) en demandant à leurs dirigeants de créer une structure unique (fusion des universités locales) ou chapeau (un cadre plus fédéral). Mais cette démarche ne suffira pas à les faire remonter sérieusement dans le classement de Shanghaï, nonobstant la simulation récemment menée par l’OST. De surcroît, il faut analyser cette problématique à la lumière des explications apportées en 2008 par Albert Fert, prix Nobel de physique, dans une tribune publiée par Le Monde. En fait, pour que les établissements français figurent en bonne place dans le palmarès de l’université de Jiao Tong, il faudrait fusionner le CNRS avec nos universités. Ce n’est pas demain la veille même si, a priori, les gouvernances des futures universités de site promettent d’associer étroitement l’organisme de recherche.

Si on ne peut nier le fameux classement, ni en faire l’alpha et l’oméga de la politique universitaire, il faut évidemment en tenir compte. De fait, les plus grands médias du monde l’ont porté au pinacle. Mais ne le craignons pas non plus. Rappelons les faits : l’un des principaux objectifs de ce classement est d’offrir aux étudiants chinois un panorama des meilleures destinations universitaires dans le monde. Ont t-ils délaissé la France pour autant ? Si son impact était tel, pourrait t-on se féliciter de la coopération entre Toulouse et la Chine ? Je ne dis pas que ce partenariat est exceptionnel, mais il existe, est consistant et croissant.
Il ne faut pas céder aux sirènes des fausses vérités, fussent t-elles répétées à l’infini.

Frédéric Dessort 

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2 réponses à “L’influence du classement de Shanghaï : entre réalité et fantasmes

  1. Article sérieux et documenté. J’aimerai des précisions sur la création de l’université de Toulouse… Pourquoi le PRES n’est-il pas plus mis en avant par les différentes universités toulousaines ?

  2. merci. concernant la mise en avant du PRES, je pense que c’est plus le logo de l’Université de Toulouse qui est mis en avant (cf les pages d’accueil des sites des 3 universités) que le PRES, acronyme que personne ne comprendra sauf à être du milieu…

    quant à la création de l’Université de Toulouse, elle est actuellement débattue justement au PRES, entre les présidents de chacun de ses membres (UT1,2,3, écoles d’ingénieurs (ISAE, INSA,INPT)), et les propositions doivent redescendre ensuite sur les CA de chaque membres et enfin être votées par le CA du PRES (l’ordre peut-être l’inverse). aujourd’hui, le débat se cristallise autour du choix entre dévolution (des prérogatives de chaque universités sur une entité centrale) et fusion des universités. dans les orientations également à retenir (mais pas encore décidées), je soulignerais que c’est véritablement toute la stratégie de la recherche et de la formation qui serait décidée dans ce nouvel établissement (un EPSCP ou grand établissement), et non pas seulement l’excellence comme cela était demandé initialement par le Commissariat Général à l’Investissement. on parle beaucoup plus de fusion maintenant, mais si des voix s’élèvent contre ce processus, Gilles Fourtanier et Bruno Sire préférant un cadre plus fédéral. à noter que la Région n’est pas contre un processus de fusion, à moyen terme en tous cas (je n’ai pas encore posé la question à la municipalité ou au Grand Toulouse). de plus, le CA de cette entité est envisagé à 50 % / 50% de personnalités extérieures et de représentants des universités actuelles (leurs présidents), les syndicats pouvant alors être dans une structure dénommée Conseil d’Orientation de Site, à vocation consultative… attention, encore une fois, ces options n’ont pas été encore gravées dans le marbre. 4 groupes de travail sont à pied d’oeuvre (dont notamment un sur la gouvernance piloté par Jean Tirole), et le 27 novembre le CA du PRES devra voter le projet proposé avant que son dossier ne parte à Paris

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