Les noces d’argent des sociétés de conseil avec les universités

Les consultants en organisation sont devenus des interlocuteurs indispensables des universités françaises. Et la note est souvent très salée alors que le gouvernement demande aux laboratoires de serrer la ceinture. Exemple : l’Université Paul Sabatier a dépensé 240 000 euros pour que Capgemini l’aide à finaliser son projet d’établissement et à mettre en place une démarche de pilotage. Explications et contexte.

La LRU, fameuse loi sur l’autonomie conférée aux universités, et le programme dit des « Investissements d’avenir », intitulé pudique du Grand Emprunt, offrent un nouvel eldorado aux nombreux cabinets de conseil stratégiques Pourquoi ? Car, la LRU, sans rentrer dans le détail, impose de nouvelles organisations aux universités avec, en filigrane, la prise en compte prégnante de prérequis économiques à la conduite de leur politique. En ce qui concerne la recherche, de plus en plus, les budgets sont conditionnés à l’atteinte d’objectifs précis dans le temps, l’espace et, in fine, d’un retour sur investissement quantifiables. L’Agence Nationale de la Recherche et l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur se chargent de fixer les règles d’un jeu dénoncé par un contigent croissant de chercheurs. La recherche fondamentale, dont le propre est le long terme, disent beaucoup, est menacée par cette inversion de paradigme.

Ce contexte amène les universités à rapprocher leur gouvernance de celles des grandes entreprises. Elles ont donc lancé de nombreux appels d’offres pour se faire accompagner. Un mouvement qui a été renforcé par une autre impulsion gouvernementale : le programme des Investissements d’avenir.

Autant de marchés pris par Capgemini, Ernst&Young ou Deloitte. Pour prendre la mesure de ce phénomène, je renvoie au très bon dossier d’EducPros.fr.

500 000 euros pour conseiller deux universités toulousaines

A Toulouse, on n’échappe pas à la règle. Que ce soit concernant le projet de Société d’Accélération de Transfert de Technologies ou d’Initiative d’Excellence, des sociétés de conseil ont été employées par le PRES-Université de Toulouse : Alcimed, CM International, ou encore Mapping Consulting. Entre parenthèse, l’un des dirigeants de cette dernière société n’est autre qu’Alain Costes, ancien directeur de la technologie au Ministère de la Recherche (2000-2002), ancien directeur du LAAS. Un décideur public dont l’entregent a permis d’obtenir plus de 20 millions d’euros auprès d’entreprises comme Total, Pierre Fabre ou Siemens, pour abonder au budget de la fondation InNaBiosanté.

Au registre général de la réorganisation des universités, j’ai noté que la filiale Sud de Capgemini avait obtenu deux marchés intéressants à mettre en lumière. Rappelons que le groupe Capgemini ne se limite pas, depuis belle lurette, aux simples développements logiciels ou conceptions de systèmes d’information pour le compte des grands-comptes de ce monde. La société de Serge Kempf est bel et bien un cabinet de conseil en organisation, de conseil stratégique.

Or, l’année dernière, l’Université de Toulouse le Mirail et l’Université Paul Sabatier (UPS) ont lancé respectivement les marchés suivants :
– « assistance à maîtrise d’ouvrage dans le cadre de la mise en place d’une démarche processus », attribué le 12 février 2010 à Capgemini Sud (basée à Toulouse) pour un montant de 265 950 euros
– « finalisation du projet d’établissement et mise en place d’une démarche de pilotage », attribué le 25 mai 2010 encore à Capgemini Sud pour un montant de 239 800 euros. Le Projet d’établissement disponible ici présente les enjeux de l’UPS sur 10 ans.

Des sommes justifiées ?

De telles missions, aux intitulés sibyllins, ne manquent pas de laisser interrogateur… J’ai sollicité depuis plus d’une semaine la présidence de l’Université Paul Sabatier. Elle fait pour l’instant la sourde oreille.

Etait-t-il nécessaire de dépenser de telles sommes ? Entre autres options, était-t-il impensable de recruter un (ou plusieurs) cadre(s) ou bien d’envoyer en formation, si je puis dire, certains dirigeants de l’université ? N’y a t-il pas un effet d’aubaine dont ont profité ces entreprises dans un marché naissant et qui induit automatiquement des prix très élevés avant qu’il ne murisse ? Oserais-je me demander si les universités se sont fait « arnaquer » ? Autant de questions que je vais essayer de développer à l’avenir.

Tarif : 1000 euros par jour

J’ai toutefois rapidement sollicité un consultant en organisation du milieu informatique. Selon lui, il ne serait pas étonnant que le nombre de jours de mission nécessaire à ce genre d’intervention devienne rapidement important.  » Les tarifs à la journée peuvent monter rapidement à 2 ou 3 000 euros la journée pour du conseil stratégique de haut niveau, et ou s’établir à 1 000 euros / jour en moyenne dans le cadre de missions plus longues. Et j’imagine que dans le contexte d’une université qui veut refondre sa gouvernance, offrant un milieu très politisé, les réunions de travail se multiplient. Le recueil d’information peut-être très long. 240 000 euros pour ce type de mission ne m’étonne pas tant que cela, mais il faudrait connaître le contenu précis de la prestation « , m’explique t-il. A ce stade, je n’ai pas plus de recul…

J’ajouterai pour comprendre les niveaux de proximités de Capgemini Sud avec l’Université Paul Sabatier que cette dernière a débauché, l’été dernier, un cadre de la société informatique : Eric Marchadier. Celui-ci, qui avait en charge l’offre de la SSII auprès des universités, s’est vu confier la réorganisation de l’ensemble du pôle de services numériques de l’université scientifique.

Enfin, Capgemini Sud a aussi raflé, il y a deux ans, un important marché d’infogérance auprès de la délégation régionale du CNRS. Pour dire aussi qu’un mouvement syndical battra le pavé ce matin. Objectif : dénoncer l’externalisation croissante de l’informatique du CNRS dans le sillage de la Révision Générale des Politiques Publiques.

Frédéric Dessort

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Une réponse à “Les noces d’argent des sociétés de conseil avec les universités

  1. J’apporte un commentaire pour indiquer, comme on me l’a suggéré, un autre marché public, certes pas universitaire, mais à souligner : Tisséo a confié a Capgemini Sud (encore) il y un peu moins de deux ans la refonte de son site tisseo.fr…montant de la prestation : entre 90 000 et 200 000 euros. De quoi étonner les agences Web locales qui auraient largement pu se charger d’une telle mission sur la base d’un financement moins important.

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