L’Initiative d’Excellence de Toulouse : un grand projet en question

Le 4 février, une assemblée des personnels des universités toulousaines a été organisée à l’Université Paul Sabatier. Objet : présenter le projet intitulé « Toulouse Initiative d’Excellence », en abrégé TIDEX, qui est le vaisseau amiral des réponses aux multiples appels à projets « Investissements d’avenir » du gouvernement dans le cadre du Grand Emprunt. Dans les grandes masses, rappelons que 22 milliards d’euros sont prévus pour dynamiser la recherche et l’innovation, dont 7,7 milliards destinés à des projets de « sites ». Toulouse y candidate naturellement au travers du PRES Université de Toulouse. Entre parenthèse, on ne sait pas s’il faut dire « Université Fédérale de Toulouse » ou « PRES Université de Toulouse », car la première expression appelle à une structure transverse bien établie et aux pouvoirs de décision élargis, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, même si c’est clairement ce qui se profile à l’avenir. Je dirai « PRES » pour l’instant.

Défiance des chercheurs

Gilbert Casamatta, président du PRES, est donc venu échanger avec les chercheurs dont certains ont fait montre d’une certaine défiance, dirons-nous, face à ce projet. Le décideur a répondu à l’invitation de deux syndicats : le SNTRS était représenté à la tribune par son secrétaire général, Daniel Steinmetz, membre du conseil d’administration du CNRS et le SNCS-FSU l’était par Bruno Chaudret qui est par ailleurs président du conseil scientifique du CNRS et membre de l’Académie des Sciences.

L’excellence : un maître-mot

En quelques mots, quels sont les principes qui président aux Initiatives d’Excellence ? Il s’agit de cibler des équipes de recherches dont l’excellence aura déjà été confirmée par l’AERES, celle-ci étant comparée par des chercheurs à une agence de notation, puis d’abonder de manière consistante à des projets de recherche portés à l’échelle locale. Et ce dans une cohérence de « site ». La création de chaires d’excellence sont prévues pour attirer les meilleurs chercheurs du monde, et je noterais aussi la constitution prévue d’un conseil d’évaluation scientifique dont tous les membres seront extérieurs à la région. En outre, un « Sénat académique » fera partie de l’organisation de la future Université Fédérale de Toulouse. Il délivrera des avis consultatif sur la politique scientifique de la ville Rose et de la région et fera le lien avec les projets de TIdex. Un Sénat académique : on pouvait s’en douter, cela a généré une montée d’acide chez les chercheurs dans la salle, dénonçant l’installation de « notables ». Ce que Gilbert Casamatta a tenté, difficilement, de dénier, en expliquant que les membres de ce Sénat seront des chercheurs, de vrais scientifiques…Des « scientifiques notables » répondront ironiquement ses détracteurs.

Précisons que les LABEX – ou laboratoires d’excellence – sont l’une des pierres angulaires de la conception des Investissements d’avenir. Ceux-ci représenteront souvent l’association de plusieurs laboratoires existants, soit en regroupant toutes leurs équipes (exemple : le LABEX « NEXT » de chimie, physique quantique et nanotechnologies) soit une partie d’entre elles (exemple : le CIMI, associant 30% des effectifs des Institut de Mathématique de Toulouse et Institut de Recherche en Informatique de Toulouse).

Toulouse Idex : un investissement de 1,23 milliards d’euros sur 10 ans

En quelques chiffres, les porteurs du projet TIdex sollicitent auprès de l’Etat un capital de 1,275 milliards d’euros pour doter une fondation. Les intérêts générés par le placement de cette somme apporteront, dans ce schéma, environ 40 millions d’euros par an et sur 10 ans. 80 millions d’euros annuels seront complétés par les laboratoires et autres partenaires de Toulouse Idex. Ce qui représente un investissement d’environ 1,23 milliards d’euros sur 10 ans. C’est le hasard si la dotation en capital coincide avec les sommes à dépenser sur une décade. Pour plus de détail, je renvoie le lecteur à ce document. Des sommes considérables qu’il faut certes ramener aux grands volumes : la recherche et l’enseignement supérieur représentent en Midi-Pyrénées 1,1 milliards d’euros de dépense publique annuelle, dont environ 200 millions aux laboratoires du CNRS.

Faiblesse démocratique

Au nombre des critiques, parfois violentes, qui ont été adressées à M. Casamatta, j’en ai retenu quelques unes. La première : le manque de démocratie qui a entouré le processus de réponse à l’appel à projet, ce à quoi le président du PRES a répondu que cette démarche a été confinée à un calendrier à marche forcée. D’autant plus qu’elle s’inscrit dans un périmètre beaucoup plus large : plus de trente dossiers ont été rédigés en réponse à l’ensemble des appels à projets d’investissements d’avenir, tel que par exemple : les EQUIPEX, l’IHU, l’IRT, les LABEX, etc.
Selon Gilbert Casamatta, plus de cent chercheurs et autres personnels universitaires ont tout de même participé aux projets. Il faut dire aussi que certains d’entre eux n’ont pas répondu comme par exemple Bruno Chaudret.

Une conception darwinienne de la recherche

Autre pique, qui a été envoyée plusieurs fois : le concept même d’excellence, dont la représentation appelle directement l’image du « marché » et sa compétition à outrance. Une « conception darwinienne » de la recherche : un retour à l’état sauvage dominé par les plus forts, une sorte de loi de la jungle où la sélection naturelle élimine les plus faibles. Bien contraire à l’esprit égalitaire profondément ancré en France.

Mais la démarche de « priorisation, de sélection, de dynamisation est une tendance lourde » avait prévenu d’entrée de jeu Gilbert Casamatta, et « les sites qui ne seront pas élus seront durablement rayés de la carte de la recherche française ». Voilà qui est clair.

Baisse des dépenses courantes pour financer les intérêts de l’emprunt

Enfin, c’est aussi la politique de financement de cet ensemble qui suscite l’affront et la fronde de nombre de chercheurs. Bruno Chaudret a d’ailleurs signé, en tant que président du Conseil Scientifique du CNRS, une « recommandation ». Un texte qui souligne que le financement de l’intérêt de l’emprunt – réalisé sur les marchés financiers – induira une baisse de 10% des crédits de fonctionnement du CNRS. Je n’ai pas trouvé de documents en faisant mention – si mes lecteurs en ont, ils sont les bienvenus à m’en faire part -. Mais il est vrai qu’en 2009, le dossier de presse du gouvernement sur le grand emprunt affirmait que « Les intérêts de l’emprunt seront compensés par une réduction des dépenses courantes dès 2010 ». Cela ne dit pas dans quel domaines de dépenses publiques ni à quelle hauteur, mais la phrase n’est pas sibylline…

Frédéric Dessort

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