Quelques nouvelles informations sur le projet d’Institut de Recherche Technologique de Toulouse

Alors que l’Etat est sur le point de publier un appel à projet pour la création de 4 à 6 Instituts de Recherche Technologique (IRT), Toulouse élabore un dossier très consistant qui concernera ses secteurs de pointe : l’Aéronautique, l’Espace et les Systèmes Embarqués. Budget : 1 milliard d’euros sur 10 ans.

Faire travailler main dans la main chercheurs du privé et chercheurs du public : c’est le rêve, assez audacieux en France, porté par la création des Instituts de Recherche Technologique. C’est l’Etat qui en est l’initiateur, dans le cadre de ses « investissements d’avenir« . Ce panel de grands chantiers doit être financé grâce au « grand emprunt » de 35 milliards d’euros lancé au début de l’année et conçu par Michel Rocard et Alain Juppé. 22 milliards sont prévus pour dynamiser la recherche et l’innovation, pas moins.

En ce qui concerne les IRT, l’Etat a prévu une enveloppe de 2 milliards d’euros à répartir sur 4 à 6 projets. Toulouse étant bien entendu candidate, ses décideurs étant particulièrement attentifs au dossier. Précisons que ce sont bien des villes qui candidateront, même si les instances régionales seront présentes dans le projet : l’Etat souhaite la concentration des compétences d’un IRT sur un seul site physique.

L’appel à projet doit être publié à la mi-octobre

Première étape : la réponse à un appel à « manifestations d’intérêt ». 27 dossiers ont été déposés le 10 septembre au niveau national. A la suite de quoi sera publié l’appel à projet lui même, ce qui est une question de jours, a priori en vue de la mi-octobre. L’Etat désignera enfin 4 à 6 IRT à la fin de l’année.

Sur le fond, les IRT portent un enjeu socio-économique crucial : augmenter la compétitivité des industries régionales grâce à des programmes structurants de recherche et développement, avec en corollaire l’emploi. Je dirais aussi, en étant un peu provocateur, que l’objectif se situe aussi dans la conservation des grands groupes à Toulouse. Autrement dit, dans un contexte de montée en puissance de l’Inde et de la Chine en matière de recherche, il y a toujours un risque de délocalisation des grandes entreprises vers ces pays.

Une bonne centaine d’experts mobilisés

Pour l’heure, plus de cent personnes travaillent peu ou prou sur le dossier, et les groupes de travail ne sont pas encore définitifs. Mais c’est un petit noyau de 4 permanents qui oeuvrent : Pierre-Emmanuel Reymund, précédemment directeur adjoint des services du Grand Toulouse, Sylvie Robert, coordinatrice du département de recherche et technologie d’Airbus, Alain Filipowicz, secrétaire général du LAAS, et Patrick Cazeneuve, ancien directeur d’Oséo Midi-Pyrénées, qui occupe aujourd’hui un rôle de coordination et d’animation. D’un point de vue institutionnel, le PRES Université de Toulouse et l’association TOMPASSE – qui rassemble les grands groupes industriels régionaux – fourniront la réponse à l’appel à projet.

Le quatuor s’appuie sur un groupe de travail élargi, composé de représentants, essentiellement de grandes structures ou de laboratoires et sur un Comité d’Orientation Stratégique. Ce dernier est présidé par Jean-Marc Thomas, président d’Airbus France jusqu’à 2009 et aujourd’hui conseiller de Fabrice Brégier, et par ailleurs président du pôle de compétitivité Aérospace Valley depuis son lancement en 2005.

Les axes technologiques identifiés

Quatre grands axes de programmes technologiques ont été identifiés. Ils ont pour dénominateur commun l’Aéronautique, l’Espace et les Systèmes Embarqués. Les concepteurs de la réponse à l’appel à projet visant toutefois à la déclinaison à d’autres secteurs industriels, tant que possible, des technologies qui émergeront de l’IRT.

Ces thématiques, exprimées dans le cadre de la manifestation d’intérêt, devraient être les suivantes :

Atome Technologie (si chère à Christian Joachim, directeur de recherches au CEMES, cf ce billet), Nano-Technologie et Micro-Technologie à l’usage de l’Aéronautique, de l’Espace et des Systèmes Embarqués.
Précisons à ce stade que l’Atome Technologie se distingue ici de la Nano-Technologie par la manière dont elle est mise en oeuvre. Dans le premier cas, on construit des nano-structures à partir d’atomes, tandis que la Nano-technologie procède plutôt de la miniaturisation de dispositifs existants (comme les micro-processeurs)

Technologies Aérothermodynamiques, Structures et Matériaux innovants

Technologies d’Ingénierie et d’intégration des systèmes embarqués, aérospatiaux et leurs applications

Génération et gestion dynamique de l’énergie embarquée, en d’autres termes, comment trouver et développer de nouvelles sources d’énergies, si possible propres, favorisant l’autonomie des systèmes embarqués, des satellites, etc.

Ces thématiques étant définies, il reste à préciser les programmes technologiques qu’elles induiront, et les équipements nécessaires à leur mise en oeuvre. Des points établis d’ores et déjà dans les grandes lignes.

1 milliard d’euros de budget sur 10 ans

Bref, cela fait une belle mobilisation pour un projet qui associera une manne considérable : un milliard d’euros de budget sur 10 ans. Détaillons-le.

Dans le principe, l’Etat financera les équipements. En admettant que le périmètre du milliard d’euros soit bien celui des IRT, il dépensera au total 400 millions d’euros par projet. La moitié de cette somme sera une contribution directe. Explication : 100 millions d’euros seront débloqués assez rapidement, tandis que 300 millions d’euros seront placés par la Caisse des Dépôts et Consignations. Seuls les intérêts générés par cet investissement pourront être utilisés, soit environ 10 millions d’euros par an. In fine, l’Etat abonderait le budget du projet de 200 millions d’euros sur 10 ans.

Les programmes technologiques représentent à eux seuls près de 600 millions d’euros sur 10 ans. Les sources de financement seront celles qui sont classiquement utilisées dans la recherche appliquée : Agence Nationale de la Recherche (ANR), Fonds Unique Interministériel (FUI) (utilisé pour les pôles de compétitivité), etc.

Enfin, la ligne de l’investissement immobilier sera confiée aux industriels engagés dans l’IRT. Soit environ 200 millions d’euros sur 10 ans… Rappelons que le volet « implantation » a déjà été fixé. L’IRT prendra place dans le futur complexe « Montaudran Aerospace« , plus précisément, dans les bâtiments situés au bout du site, proche du bâtiment « Clément Ader » (cf l’illustration). Ce dernier sera le premier à sortir de terre, en 2013.

 

Le futur complexe Aerospace Montaudran, situé sur les anciennes pistes de l'aérodrome de Montaudran, devrait commencer à sortir de terre en 2013 (premier bâtiment : Clément Ader). L'IRT se situerait dans les bâtiments les plus à droite sur ce dessin.

 

Parmi les autres aspects du dossier, soulignons que l’IRT aura vocation à être aussi un acteur de la formation, en accueillant notamment des thésards et des ingénieurs.

Le modèle économique de l’IRT constituera un critère important de la sélection des dossiers par l’Etat. La valorisation de la recherche est bien prise en compte dès maintenant : en particulier, l’exploitation commerciale qui sera faite des innovations devra revenir sous forme de royalties à l’IRT et aux établissements de recherche publics. L’organisation du transfert de technologies sera dévolu à la future Société d’Accélération de Transfert de Technologies, un autre volet des « investissements d’avenir » (cf ce billet dédié à l’organisation de la valorisation en Midi-Pyrénées).

Frédéric Dessort

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