Alain Ayache : « Le tabou sur les relations entre les entreprises et la recherche publique n’existe qu’en France »

Suite de l’interview d’Alain Ayache (*) précédemment publiée sur mon blog, dans une thématique plus proche de mon travail de fond : le transfert de technologies et la valorisation de la recherche. Son propos est toujours tiré du premier échange que nous avons eu, bien que complété plus récemment dans le cadre de ce blog.

Alain Ayache dirige l'INPT-ENSEEIHT, une des principales écoles d'ingénieurs toulousaines


L’Etat a lancé un appel à projets de création d’ambitieux Instituts de Recherche Technologiques (IRT), Toulouse y étant bien entendu candidate (cf cet article). Quel regard porte t-il sur ces futurs ou en tous cas potentiels centres d’innovations ?  » J’en attends qu’ils fassent tomber un tabou bien franco-français : il n’existe pas, en France, de lieux communs à la recherche publique et privée. Or, en tant que président de « N+i », un réseau de 70 grandes écoles d’ingénieurs françaises qui mutualisent leurs actions à l’international, j’ai l’occasion de voyager beaucoup et de visiter de nombreux centres universitaires. Et le constat est flagrant : ce clivage n’existe pas dans les campus du monde entier, en Allemagne, en Corée, au Mexique, aux Etats-Unis, etc. ! »

En attendant de tels espaces publics / privés de R&D, à l’INPT-ENSEEIHT, l’enjeu autour du transfert de technologies est clair : « En 2009, le budget de recherche partenariale a atteint 8 millions d’euros, toutes sources de financements confondues dont les fonds de l’ANR et de l’Europe. Et nous déposons une moyenne de 10 brevets exploités chaque année par des entreprises. La mise en place de ces derniers et des contrats de recherche partenariale est assurée par les organismes de valorisation, tels que les Service d’Activités Industrielles et Commerciales (SAIC), celui de l’INPT dans notre cas. Mais ils manquent de ressources pour mieux suivre les appels d’offres et financer la maturation des brevets. Ceux-ci ne servent à rien sans un démonstrateur, souvent coûteux. J’espère que la création en 2011 des Sociétés d’Accélération de Transfert de Technologies (SATT) (**) permettront de pallier à ces lacunes. »

Propos recueillis par Frédéric Dessort

(*) Je rappelle qu’Alain Ayache dirige l’Ecole Nationale Supérieure d’Electrotechnique, d’Informatique, d’Hydraulique et de Télécommunications(ENSEEIHT), une importante école d’ingénieurs (1500 étudiants pour environ 400 diplômés par an) parmi les cinq écoles de l’Institut National Polytechnique de Toulouse (INPT).

L’INPT-ENSEEIHT est par ailleurs associée à trois laboratoires de recherches : l’Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse (IMFT), le Laboratoire Plasma et Conversion d’Energie (LAPLACE) et l’Institut de Recherche en Informatique de Toulouse (IRIT).

(**) Les SATT font également partie de la panoplie des « investissements d’avenir » que lance l’Etat. Elles sont censées rassembler les services publics de valorisation de la recherche existants à une échelle régionale (les SAIC dans les universités et autres établissements publics de recherche, dans une moindre mesure, « France Innovation Scientifique et Transferts » pour le CNRS, complétés à Toulouse par le département de valorisation du PRES-Université de Toulouse). Outre cette démarche de regroupement, l’Etat devrait leur adjoindre des financements consistants pour mieux valoriser les innovations conçues dans les laboratoires publics.

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