Royalties

Je reviens aujourd’hui sur une contribution qui a été faite le 8 septembre à mon article « L’organisation de la valorisation en Midi-Pyrénées », par Sylvain Prudhomme. Il est « cadre de l’industrie et animateur scientifique dans un pôle de compétitivité ». En premier lieu, qu’il soit remercié de cette contribution enrichissante à ce blog et que je reproduis ci-dessous après ce billet.

Il a bien raison de rappeler les enjeux que recouvrent la valorisation, au sens large : l’émergence de l’innovation, des laboratoires vers les entreprises, et les projets communs de ces derniers. Avec tout l’enrichissement réciproque que ce processus amène.

Ceci étant, je crois qu’aujourd’hui, justement, l’enjeu n’est plus là. La dynamique de la recherche partenariale publique / privée n’est pas à démontrer grâce aux pôles de compétitivité. Et même sans cela, cette interface existe déjà de manière consistante depuis plusieurs années voire décennies, à l’échelle française, en particulier en Midi-Pyrénées. Le LAAS en chef de file qui dans les années 90 a été un des grands artisans des relations recherche / industrie. Les exemples de ce type de collaboration sont très nombreux.

Mais si l’on compare la valorisation en France avec celle qui est menée dans d’autres pays tels que l’Allemagne ou les Etats-Unis, on découvre un écart manifeste notamment en termes de royalties. Ces revenus sont apportés aux établissements publics par les entreprises qui exploitent leurs brevets. Je renvoie à un article précédent pour en savoir plus.

La différence est également (profondément) culturelle. Par exemple, le rapport à l’argent est décomplexé au pays de l’Oncle Sam. Ici ce serait plutôt sa diabolisation qui prédomine encore chez beaucoup de chercheurs et de collaborateurs universitaires, comme l’amalgame entre le monde de l’entreprise et les déviances des marchés boursiers.

Frédéric Dessort

Voici la contribution de M. Prudhomme :

« Attention à la croyance largement répandue selon laquelle la valorisation ne consisterait essentiellement qu’à gérer par une approche marchande un portefeuille de brevets. Certes facile à mesurer par des indicateurs financiers, cette vente de droits d’exploitation de résultats de la recherche, par exemple sous forme de licences, ne représente qu’une partie minoritaire de la valorisation. Ainsi:
– pour un laboratoire comme le LAAS, pour reprendre l’exemple de l’article, la reconnaissance par ses partenaires industriels d’une capacité à comprendre les besoins applicatifs et à proposer des solutions innovantes adaptées lui donne un accès privilégié à de nombreuses moyens et activités collaboratives de recherche dont les financements sont d’un ordre de grandeur supérieur aux royalties des brevets;
– les savoirs acquis à l’occasion des études menant au dépôt des brevets est un capital essentiel pour un laboratoire, qu’il peut valoriser en terme de formation et de rayonnement, mais pas directement sous forme monétaire;
– la valorisation des compétences est aussi essentielle, bien sûr par la création d’entreprise, mais aussi à travers la mobilité des chercheurs vers l’industrie, pratique toutefois insuffisament répandue en France et en Midi-Pyrénées.

Les organismes régionaux de valorisation, bien que dynamiques, ne se sont probablement pas encore assez intéressés à ces autres dimensions de la valorisation, pas toujours dans leur mission, avec des retombées délicates à mesurer, et bien plus difficiles à mettre en oeuvre. La clé du succès est l’existence d’écosystèmes régionaux ou sectoriels, où structures de recherche, d’enseignement et industries travaillent ensemble au quotidien et font vivre implicitement toutes ces dimensions de la valorisation, typiquement dans les pôles de compétitivité.

Ainsi, il faut espérer que les deux cabinets conseil, Alcimed et CMI International ne se contenteront pas de proposer au PRES le simple rassemblement des SAI existantes dans un SATT avec le même objectif d’améliorer la marchandisation des brevets, mais qu’ils proposeront d’en étendre la mission de valorisation à l’ensemble de ces dimensions. »
Sylvain Prudhomme, cadre dans l’industrie, animateur scientifique dans un pôle de compétitivité

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