La boule

J’ai eu l’idée de ce petit billet en relisant un de mes derniers papiers, consacré à l’organisation de la valorisation à Toulouse. J’y ai relevé deux oublis : il y a ici trois labos en propre du CNRS et non uniquement le LAAS. Il faut ajouter à ce grand laboratoire, le Laboratoire de chimie de coordination (LCC) et le Centre d’Elaboration de Matériaux et d’Etudes Structurales (CEMES). Je voudrais dire quelques mots de ce dernier…

Le CEMES est bien connu des toulousains les plus âgés pour un de ses bâtiments : la « boule ». Cette sphère argentée a été créée en 1958, inaugurée par le général de Gaulle et immortalisée par Jean Dieuzaide. Elle abritait ce qui était à l’époque le plus puissant microscope électronique du monde.

Toulouse est un des berceaux de l’aéronautique mais aussi, c’est moins connu, des nanotechnologies. La recherche dans ce domaine est essentiellement appliquée et proche du besoin des industriels (pharmceutique, cosmétique, électronique, transports, etc.) et représente environ 500 chercheurs. Mais au CEMES, il y aussi de la recherche fondamentale (20 chercheurs) où l’on sait ne pas « mettre le préfixe nano à toutes les sauces », comme le déclarait Christian Joachim, l’une de ses principales têtes pensantes, à Midenews.com il y a deux ans (déjà!…). Il est un des meilleurs spécialistes de la « mécanique moléculaire ». Il travaille notamment à la validation de premiers concepts de nano-robots, cette expression relevant encore de la science-fiction mais fixant le chemin des investigations. Il a été à l’origine, en 1998, avec des partenaires d’un laboratoire de recherche suisse, du premier « rotor » moléculaire, créé atome par atome.

Image d’un rotor moléculaire

Il faut ainsi bien distinguer deux types de recherches en nano-technologie. En voie « descendante », il s’agit d’étudier comment miniaturiser, encore et encore, des micro-systèmes (comme les micro-processeurs) ou des micro-formes (on parle de nanomatériaux). En voie « ascendante », celle que Christian Joachim appelle aussi l' »Atome technologie », il s’agit d’assembler, d’associer des atomes et peut-être, bientôt, de créer des nano-machines. Pour en savoir plus je renvoie à cette tribune du chercheur et à son ouvrage « Nanosciences, la révolution invisible ».

Il y a eu au CEMES, à ma connaissance, un transfert de technologie sous la forme d’une entreprise innovante. En 2006, Gaston Nicolessi et Michael Magoga, dont la thèse (1999) avait été encadrée par Christian Joachim, ont créé la société « Nanotimes ». Son objet consistait au développement d’un logiciel permettant de visualiser, par simulation, les atomes manipulés par les microscope à effet de tunnel, à force atomique ou à champ proche optique (*). La dernière fois que j’ai vu Gaston Nicolessi, il y a moins d’un an, l’entreprise était en sommeil, attendant de rencontrer son marché, même si elle a réalisé quelques belles opérations au Japon. Le marché, composé des laboratoires utilisant ce type d’instrument, est important, soutenu par les investissements colossaux en R&D sur les nanotechnologies (Etats-Unis et Japon en pointe).

Plus largement, Toulouse est très bien placée sur l’échiquier des nano-technologies françaises, aux côtés de Saclay et de Grenoble, où est implanté le CEA. La ville Rose fait partie des trois sites retenus dans le cadre de la plateforme « Nano-Innov », qui comporte des centrales technologiques financées par l’Etat. Le LAAS, l’Institut des Technologies Avancées en sciences du Vivant sont déjà intégrées au projet. Mais le futur Institut de Recherche Technologique de Toulouse prévoit un important centre dédiés aux nanotechnologies. J’y reviendrai plus en détail.

Frédéric Dessort

(*) car paradoxalement, on ne voit pas directement les atomes avec un microscope à effet de tunnel, à champ proche ou à force atomique.

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