Technologies et éthique

J’ai rencontré hier Raja Chatila, directeur du LAAS, le plus gros labo en propre du CNRS. Une très grosse compétence en électronique, robotique, réseaux informatiques. Près de 550 chercheurs, 650 collaborateurs au total…Une référence au plan international, même si bien sûr il y a d’autres centres technologiques dans le monde de très haut calibre.

Cet entretien fut sans doute l’un des plus intéressants depuis que j’ai commencé le journalisme il y a 8 ans. Au delà de l’interview, qui sera publiée dans une dizaine de jours, et qui va revenir sur son bilan – il finit sa mandature à la fin de l’année -, nous avons aussi parlé prospective. Le futur technologique fait de plus en plus appel au mot « convergence ». Convergence de l’électronique, du logiciel, de la mécanique, des réseaux et ce à toutes échelles, en particulier nanoscopique. Notamment, au travers de ce qu’on appelle les MEMS (Micro Electronic Mechanical Systems). Ces puces ont la faculté d’actionner un mécanisme, suivant les ordres d’un micro-logiciel embarqué, et qui peut communiquer des informations en mode « sans-fils ». On en trouve par exemple dans les manettes de la console WII, qui détecte les mouvements, ou dans l’iPhone qui comporte un capteur gyroscopique pour déterminer le mode d’affichage – vertical ou horizontal – de l’écran. Autres applications pour finir de donner l’idée des possibilités offertes : les capteurs de pression des pneus dans une voiture, ou encore des réseaux de capteurs de température, de vibrations, voire de gaz pour surveiller des installations sensibles (stock d’essence ou de pétrole, par exemple). Bref, l’usage de la technologie est, comme d’habitude, limitée par l’imagination.

Et demain. Raja Chatila m’explique que l’enjeu se situe dans la mobilité de ces puces mécaniques, et aussi dans leur interaction, entre elles et avec l’homme. Exemple : disséminez des milliers de micro-capteurs de gaz carbonique dans les forêts, et vous aurez la capacité d’alerter les pompiers en temps-réel d’un incendie. On parle aussi d’intelligence ambiante…

En négatif, il y a ce que l’on peut en faire pour surveiller par exemple. On pourrait jeter sur vous, et vos vêtements, une poignée de MEMS invisibles à l’oeil nu. Ces puces auraient alors pour mission de renseigner sur votre position. Et pourquoi pas enregsitrer du son et de la vidéo ? Si aujourd’hui, Raja Chatila exclut cette possibilité sur le plan technologique, pour des raisons énergétiques notamment, il ne l’écarte pas à terme…même s’il ne le souhaite pas, évidemment, je préfère le préciser ! Mais ce qu’il dit, c’est que pour l’heure, on ne voit pas d’obstruction de nature physique à ce que ce soit faisable un jour…Et il y aussi pourquoi pas la possibilité que des nano-robots puissent un jour tant réparer votre corps que le détruire. Ceci est sans doute encore plus prospectif, mais je renvoie au livre de Jacques Attali, « Une brève histoire de l’avenir », qui aborde ce sujet

On en revient ainsi au débat sur l’éthique et la science, et la technologie…Faut-il arrêter de faire de la science au prétexte qu’elle emporte avec elle ses potentialités destructrices ? Je ne rentrerai pas dans la réflexion, dans ce billet…

Et d’ailleurs, y a t-il une réponse à cette question ? Non : il n’y a que des choix…

Frédéric Dessort

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