Aéroport de Toulouse : les chinois lorgnent sur le magot

Casil Europe réclame un versement exceptionnel aux actionnaires de 17,5 millions d’euros Photo Mirza Junaid

 

(Article publié dans Marianne, n°1000, du 10 au 16 juin 2016)

Touchez pas au grisbi ! C’est en substance ce que les élus des collectivités territoriale de Toulouse ont répondu à Casil Europe, le nouvel actionnaire chinois de l’Aéroport de Toulouse-Blagnac, à l’annonce de son souhait de … taper dans la caisse. Mike Poon, le PDG de Casil, guigne en effet les réserves financières de l’aéroport : une cagnotte de 70 millions d’euros, jusque-là destinée aux investissements stratégiques. Concrètement, les Chinois réclament un versement exceptionnel aux actionnaires de 17,5 millions, en sus des 5 millions de bénéfices annuels. Soit un gain de 11 millions environ pour Casil, qui détient 49,9 % du capital. La proposition sera portée à l’ordre du jour de la prochaine AG extraordinaire, le 1er juillet. « Il ne faut pas s’étonner outre mesure : cette hypothèse a été évoquée quand Casil Europe a racheté les parts de l’Etat en 2015 », explique Jean-Michel Vernhes, le président du directoire de l’aéroport. Un deal pourtant bien secret jusqu’à aujourd’hui…

Frédéric Dessort

PS : petit complément à l’article. Selon M. Vernhes, le prélèvement pourrait être envisagé dans la réserve financière de 70 M€, voire aussi dans la trésorerie qui avoisinerait les 40 M€. On en saura plus le 1er juillet

 

 

Les marges de progrès de Hollande

« Aujourd’hui, un foyer fiscal ne paie pas d’impôts en-deçà de 9.700 euros de revenus annuels, contre 5.963 euros en 2012 », précise Marianne, revenant sur les promesses de François Hollande en matière d’impôt. Et c’est un progrès indéniable pour les plus démunis.

Bien entendu, tout cela ne dit pas l’impôt perdu dans l’évasion fiscale des multinationales et des plus riches, dont la lutte semble s’être sérieusement mise en place – je dis bien « semble » -. Tout cela ne parle pas non plus de la perte de TVA (plus de 10 milliards d’euros par an) volée chaque année par des organisations criminelles.

Tout cela ne dit pas non plus que le RSA n’est pas attribué systématiquement aux plus pauvres. Tout cela ne dit pas ce que nous faisons des retraités qui se retrouvent avec une pension de 700 euros par mois.

Tout cela ne dit pas ce que l’on fait des sans domiciles, si nombreux dans nos rues. Ne pourrait-on pas utiliser certains milliards créés par la Banque Centrale Européenne pour les prêter à des promoteurs immobiliers publics afin de construire suffisamment de logements sociaux ? utopie ? ne serait-ce pas une façon de contribuer à la reprise de l’économie ? Ah mais non nous diront certains économistes, cela déformerait les prix du marché…

Bref, si Hollande a tenu au moins une de ses promesses – affranchir plus de foyers désargentés de l’impôt -, celui qui se présente comme un président de gauche a encore quelques marges de progrès…

F.D.

Pour Jean Tirole, l’empathie est un « travers » de l’homme économique

Il est toujours aussi stupéfiant de voir comment Jean Tirole peut être encensé par certains journalistes, qui semblent oublier leur devoir d’esprit critique. Ne parlons pas du Point, qui a donné une onction de principe au livre de l’économiste : « L’économie du bien commun ». On l’a vu aussi sur le plateau d’Elkabbach, encore que ce dernier, Michaël Darmon et Arnaud Leparmentier aient pu se montrer incisifs. Ce qui est dommage, car ils ne l’ont interrogé que sur des questions (chômage, politique économique, …) pour lesquelles le toulousain n’a pas reçu son Nobel – pardon, le prix de la Banque centrale de Suède. Et puis, Jean-Pierre Elkabbach, qui semblait sincèrement passionné par l’ouvrage publié par l’économiste, ne semble pas l’avoir lu complètement. En tout cas, j’aimerais bien qu’il nous dise ce qu’il pense des pages 165 et suivantes.

Dans un chapitre intitulé « L’économie en mouvement », Jean Tirole détaille l’évolution des arcanes de l’économie, encore, faudrait-il dire, de la micro-économie, devenue pensée dominante. La « micro », faut-il le rappeler, a été fondée, longtemps, sur le paradigme de l’ « homo oeconomicus » : un agent économique rationnel qui cherche à maximiser son intérêt personnel. Rationnel dans un sens assez étroit : l’homme est censé, dans cette théorie, savoir classer tous les produits qu’il a à choisir, de manière « transitive ». Autrement dit : si vous préférez une pomme à une poire, une poire à une banane, c’est que vous préférez la pomme à la banane. Cette transitivité des préférences est une des conditions sine qua non à l’édification des mathématiques de la micro-économie, en tous cas dans sa première phase de l’homo oeconomicus. Or, de nombreuses expériences ont démontré, depuis les années 70, que leurs participants contreviennent à cette hypothèse de rationalité.

Ce que confirme Jean Tirole, pour qui le modèle de l’homo oeconomicus est « une fiction ». Fort bien. Le problème c’est qu’il ajoute plus loin que si « l’homo oeconomicus et l’homo politicus [il ajoute ici un autre modèle similaire campant des hommes rationnels dans leurs choix politiques] ne se comportent pas toujours aussi rationnellement que le prédit la théorie », c’est que « nous avons tous des travers à la fois dans notre réflexion et nos prises de décisions ».

L’empathie, les émotions : des « travers », selon Jean Tirole

Des « travers ». Mais de quoi parle t-il ? Ainsi, si nous ne sommes pas rationnels au sens de la théorie économique, c’est que nous avons des travers ? J’ai regardé rapidement le Petit Robert à la définition de ce mot. Pour ce dictionnaire, Travers, « D’une personne » est un mot qui signifie « Petit défaut, faiblesse ». Ainsi, Jean Tirole semble faire la confusion entre ce qui relève d’une fonction intellectuelle, la rationalité, et un élément de morale. Ne pas être rationnel, est-ce, pour lui, un signe de faiblesse ?

Et Jean Tirole, pour appuyer cette affirmation, va ensuite égrener plusieurs de ces travers. Il liste ainsi plusieurs « exemples de comportements qui ne correspondent pas au modèle de l’homo oeconomicus », dans un chapitre intitulé « A l’encontre de notre intérêt personnel ».

« L’un de ces travers est le manque de volonté […] qui conduit à la procrastination », commence t-il. Deuxième obstacle à la rationalité : « nous nous trompons dans la formation de nos croyances ». Enfin, un autre de ces comportements qui va à l’encontre de notre intérêt est « l’empathie ».

Dans ce paragraphe il ne dénie pas, en soi, une « composante d’empathie dans la description de l’objectif des acteurs économiques », qui ne « pose aucun problème avec la théorie économique classique ». Il suffit en effet, selon lui, de « redéfinir l’intérêt bien compris : si j’internalise une partie de votre bien-être, il devient de facto le mien ».

Jean Tirole en revient donc à tenter de valider le premier modèle, à considérer l’empathie comme un intérêt, tout en étant un travers du comportement humain. Diantre…

D’ailleurs, il conclut ce chapitre en ajoutant un dernier problème, qualifié de déviation : « parmi les autres déviations qui nous éloignent de la rationalité pure et qui font l’objet d’études en économie expérimentale, on peut citer […] le rôle parfois utile, mais aussi souvent contre-productif, des émotions dans la décision […] ».

En rire ou en pleurer ? Attention, ne nous laissons pas aller à nos émotions !

Frédéric Dessort

La ville rose passe sous pavillon rouge (article en PDF)

La gestion de l’aéroport est déjà tombée entre leurs mains. Mais ils ne veulent pas en rester là. Et les émissaires de Shandong Hi-Speed Group en promettent. Routes, gares, troisième ligne de métro, … devant les moyens mis sur la table, les élus de la région ont bien du mal à résister au chant des sirènes de Pékin. Enquête.

Voici mon article disponible ici, en version PDF (Marianne N°994 – Du 29 avril au 5 mai 2016)

Bonne lecture !

Frédéric Dessort

La ville rose sous pavillon rouge

Mon enquête à lire demain dans les colonnes de Marianne,

« La ville rose sous pavillon rouge.
Routes, gares, infrastructures, face aux moyens mis sur la table, la région a bien du mal à résister au chant des sirènes de Pékin. « 

Et également, l’enquête d’Hervé Nathan, « Nos très chers amis chinois. La France, une banlieue économique de la Chine ? L’empire du Milieu tisse des liens plus qu’étroits avec EDF. »

Bonne lecture !

Frédéric Dessort

Pas encore de bagagerie pour les SDF de Toulouse

Conférence de presse de Jean-Luc Moudenc, 13 avril 2016 à Toulouse Métropole

Conférence de presse de Jean-Luc Moudenc, 13 avril 2016 à Toulouse Métropole

Avant-hier à la conférence de presse donnée par le maire de Toulouse et président de la Métropole pour tirer un bilan de deux ans de mandat, je lui ai demandé où en était le projet, annoncé pendant la campagne municipale, de création d’une bagagerie pour les SDF. Ce centre devait leur donner la possibilité de se doucher, de prendre un café, etc. Une mesure sociale de bon aloi pour un candidat de droite. Il semble néanmoins qu’on en soit toujours dans les limbes : son adjoint Daniel Rougé a répondu que c’était toujours programmé, mais qu’ils se demandent s’il faut faire un seul lieu qui risque d’être « désincarné » ou d’en faire plusieurs, en lien avec les services sociaux qui émaillent la commune (Croix rouge, …). Bon, ok. Quand ? « Euh ben, euh… vous le saurez rapidement ».
Encore un effort…

Nuits debouts : « Les responsables publics ne doivent pas mépriser ce mouvement »

Autre question : que pense le maire des Nuits debout ? Je lui ai demandé si ces manifestations lui empêchent de fermer l’oeil ? huhuhu. Bon, bref. Il a répondu par quelque chose de pas trop politicien. Comme quoi il prend la chose très au sérieux, et estimant que les responsables politiques (sans désigner la gauche ou la droite) ne devraient pas mépriser ce mouvement qu’il considère comme sincère et serein, exprimant une profonde déception vis à vis des pouvoirs publics (il n’a pas visé le gouvernement en place), et se réunissant dans le respect de l’espace public. Des mots ? Il est clair qu’il aurait bien eu du mal à critiquer les participants à des Nuits debout sous les fenêtres du Capitole. Et je me souviens aussi que lorsque Carole Delga a remporté l’élection régionale, il lui a souhaité bonne chance d’avoir à composer avec l’extrême gauche et les zadistes… Non pas que les Nuits debout soient forcément à l’extrême gauche. Ce serait un peu facile. Et je crois que c’est ce qu’a compris Jean-Luc Moudenc. Il me semble en tous cas. A suivre…

F.D.

 

Marchés d’organes : la reprise constante des arguments de Gary Becker par Jean Tirole

Jean Tirole, Prix 2014 de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel

Depuis quelques jours, le web s’est quelque peu enflammé à la découverte des déclarations de Jean Tirole concernant les marchés d’organes. Je vais répondre ici à plusieurs affirmations selon lesquelles il ne ferait que mettre en balance plusieurs arguments, en faveur ou contre la marchandisation des organes. Ne voulant pas prendre parti, relatant les hypothèses existant sur le sujet. Mais c’est faux. En effet, lorsqu’il s’exprime sur le sujet, il cite systématiquement la position de Gary Becker. Or, cet autre prix Nobel, issu de la très libérale l’école de Chicago, s’est montré largement favorable à la création de marchés régulés des organes.

Gary Becker, Prix 1992 de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel

Il a notamment co-signé cet article de recherche : « Introducing incentives in the market for Live and Cadaveric Organ donations », ce qui donne le ton…

C’est évidemment l’occasion de souligner ici que je n’ai jamais dit que Tirole était favorable au trafic d’organes ! Mais il prend fait et cause pour le marché face au don. Pour le montrer, je rappelle et cite quatre de ses interventions sur le sujet.

En premier lieu, la vidéo de son intervention à l’Institut de France le 11 janvier 2016. Je reproduis ci-dessous in extenso le passage consacré à la question des marchés d’organes.

« J’en viens à mon deuxième sujet : le domaine du marchand, du non-marchand et du sacré. Nous avons tous des réticences morales ou éthiques à l’existence de certains marchés ou certaines formes d’incitations. Nous pouvons citer le don d’organes, les mères porteuses, la prostitution, ou les paiements pour échapper à la conscription. Pourquoi en est-il ainsi ? Une analyse du pourquoi de tels tabous, qu’ils soient justifiés ou non, me semble plus fructueuse pour la conception de politiques publiques qu’une simple indignation. Je voudrais illustrer ce propos à l’aide d’un débat suscitant beaucoup de passions de part et d’autres : le don d’organes. Gary Becker, professeur à l’université de Chicago, et célèbre partisan de l’étude des comportements sociaux, famille, drogue, etc. à travers le prisme de l’économie, remarquait que l’interdiction de vendre son rein, par exemple, limitait les donations, essentiellement réservées aujourd’hui à la famille et aux très proches condamnant chaque année des milliers de personnes rien qu’aux Etats-Unis à mourir faute de donneurs. Gary Becker en concluait que les détracteurs des marchés d’organes ne devaient donc pas se targuer de moralité puisqu’ils faisaient mourir des milliers de personnes tous les ans. Malgré le bien fondé de cet argument, nous éprouvons tous une gêne, vis à vis des marchés de dons d’organes. Mais au vu des enjeux considérables, il conviendrait de comprendre pourquoi. Est-ce parce que nous craignons que les donneurs ne soient pas suffisamment informés des conséquences de leur acte ? Dans ce cas il existe un remède simple : il suffit de demander au donneur d’écouter une information impartiale et d’y réfléchir. Ou bien est-ce parce que la vente d’organes, en dévoilant que des individus sont prêts à vendre leur rein pour quelques centaines d’euros, nous révélerait des inégalités que nous voudrions bien oublier ? Ou encore parce que l’on veut protéger les gens contre leur préférence trop forte pour le présent : la préférence pour une somme disponible immédiatement contre des conséquences néfastes à long terme ? Je vous rappelle que la puissance publique intervient souvent avec un côté paternaliste contre la préférence pour le présent des individus. On les force à épargner plus pour leur retraite. On taxe l’alcool ou la drogue (sic!! il a dû confondre le tabac et la drogue, mais ceci étant il n’a pas si tort…). On les force à aller à l’école, etc. Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles nous avons une politique paternaliste justement contre la préférence trop forte pour le présent des individus.

Je n’ai pas de réponses pour la question du don d’organes. Mais je dis simplement Gary Becker indiquait quelque chose, là. Il disait : attention, on ne peut pas se targuer de moralité quand on est contre les dons d’organes (sic à nouveau : il voulait bien sûr dire les marchés d’organes), cela ne veut pas dire qu’on est très moral quand on recommande les ventes d’organes. Mais il faut bien réfléchir à ces questions, et cela va être un leitmotiv de mon exposé. »

Il est clair ici que sa conclusion se veut tempérée, mais au final on peut constater que sur le thème « pour ou contre les marchés d’organes », il ne cite qu’un seul argument face à ce qu’il considère comme des réactions émotionnelles des gens : celui de Gary Becker, qui est « pro » marché ! A t-il cité, pour le mettre en balance, celui du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (cf notamment ce texte) ? A t-il relaté les débats qui ont précédé les lois établissant l’interdiction de la vente d’organes à travers le monde ?

Autre exemple. Il y a un an, l’économiste toulousain a signé une tribune dans Les Echos, « L’éthique face au marché », dans laquelle il ne reprend à nouveau que la position de Gary Becker. Ce texte est d’ailleurs très proche de celui qui a été prononcé à l’Institut de France. 

« Une analyse en profondeur des défaillances du marché semble plus fructueuse pour la conception des politiques publiques qu’une simple indignation. Prenons l’exemple du don d’organes. Il y a longtemps, l’économiste Gary Becker remarquait que l’interdiction de vendre son rein limitait les dons, condamnant des milliers de personnes à mourir chaque année faute de donneurs, et que les détracteurs des marchés d’organes ne devraient donc pas se targuer de moralité. Nous éprouvons cependant tous une gêne vis-à-vis de ce marché. Il conviendrait de comprendre pourquoi. »

Voyons maintenant  l’interview qu’il a donnée au magazine Sciences Humaines Magazine le 14 octobre 2013 (en voici le lien).

[…] On vous doit aussi depuis une dizaine d’années des travaux à la lisière de l’économie et d’autres sciences humaines. Vous vous intéressez particulièrement à la psychologie économique, champ de recherche qui met en question les postulats de l’Homo œconomicus…

Jean Tirole : La théorie économique considère généralement que les gens sont rationnels, qu’ils maximisent leur utilité, alors qu’en pratique ils ne le font pas toujours. Elle suppose par ailleurs que l’information est toujours utile, alors qu’en pratique, les gens peuvent refuser d’acquérir de l’information, avoir des croyances tout à fait sélectives, s’enferrer à conserver des croyances erronées sur eux-mêmes ou sur la société.
Il existe par exemple de véritables tabous dans la vie économique. Faut-il créer un marché pour les organes humains ? Certains, comme l’économiste Gary Becker, le pensent. N’est-il pas absurde, avance-t-il, que des gens meurent en raison d’une pénurie d’organes ? Ne sauverait-on de nombreuses vies en acceptant que les organes soient rémunérés ? Pourtant, à défendre de telles propositions, les économistes sont souvent considérés comme des gens immoraux. Cela dit, les tabous sont utiles, dans la mesure où ils signalent toujours des problèmes sensibles. Mais ils ont aussi un coût important. Certaines réformes économiques favoriseraient le bien-être général, mais se heurtent à des blocages psychologiques. […]

Quatrième exemple : son intervention il y a quatre ans dans le cadre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. C’est d’ailleurs à l’occasion du débat qui a suivi le prononcé de son discours, qu’ il a envisagé qu’il faudrait offrir « une forte somme d’argent à des gens du Tiers-Monde » pour qu’ils fournissent leurs organes… ce qui me laisse toujours aussi pantois !  Gary Becker, Prix de la Banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel en 1992

Je cite là aussi le passage en question, à la fin de ce document, suite à la dernière question posée par André Vacheron. L’occasion de redire aussi que Jean Tirole n’approuve pas le marché clandestin d’organes, comme il le dit ci-dessous. Mais c’est bien la moindre des choses… Voici le texte :

André Vacheron

[…] J’aimerais également évoquer le don d’organes, gratuit dans notre pays comme dans la plupart des pays occidentaux. Il existe toutefois un commerce d’achat d’organes dans certains pays d’Europe de l’Est et d’Asie. Que pense l’économiste de la rémunération du don d’organes ?

Jean Tirole :

[…] En ce qui concerne le don d’organes, la thèse de Gary Becker, économiste à Chicago, est que l’on n’a pas assez de dons et qu’il faudrait payer pour avoir une offre d’organes suffisante. Bien entendu, on désapprouve le commerce clandestin qui peut avoir des conséquences économiques ou sociales très néfastes. Dans l’hypothèse d’école où l’on pourrait instituer un commerce bien contrôlé des organes en offrant une somme d’argent importante à des gens du tiers-monde, il est certain que des réticences se manifesteraient toujours, alors qu’il s’agirait somme toute d’un accord commercial passé à la satisfaction des deux parties. Il convient de se demander quelle serait la ou les causes de ces réticences. À mes yeux, il y a d’abord le court – termisme des individus qui fait que l’on aurait trop peur qu’un donneur ayant vendu dans l’urgence un de ses organes, vienne à le regretter sur le long – terme ; mais il y a aussi le fait que l’on n’accepte pas de voir la misère et que l’idée est dérangeante que des gens soient contraints par la misère à vendre une partie de leur corps. »

Il me semble donc bien difficile, à la lumière des exemples pré-cités, de prétendre que Jean Tirole ne s’inscrit pas dans la filiation intellectuelle à Gary Becker sur le thème des marchés d’organes…

Frédéric Dessort

Crédits :

Photo Jean Tirole : Auteur : Ecole Polytechnique Source : Wikimedia commons

Photo Gary Becker : Auteur : Mike80 Source : Wikimedia Commons